Swikwembu
RiteTsonga
Pratique tsonga de vénération des esprits ancestraux, consultés pour la protection, la guérison et la résolution des conflits familiaux, souvent par l'intermédiaire de devins-guérisseurs (nyanga) en état de possession.
- ancestralité
- guérison
- divination
En détail
Chez les Tsonga (ou Thonga) du sud du Mozambique et du nord-est de l'Afrique du Sud, le mot swikwembu (singulier xikwembu) désigne les esprits des défunts, ceux qu'on appelle aussi « les grands-parents » ou « ceux d'en bas ». Ils sont au centre de la vie religieuse tsonga : ils conservent la personnalité qu'ils avaient de leur vivant, veillent sur la fertilité, la santé et la prospérité de leurs descendants, et peuvent se manifester par le malheur lorsqu'ils sont négligés. Le même terme sert d'ailleurs, dans la langue, à nommer Dieu.
Le missionnaire suisse Henri-Alexandre Junod, qui décrivit les Tsonga au début du 20e siècle, a laissé l'essentiel de la documentation ancienne. Il détaille les nombreuses manières de s'adresser aux ancêtres : prières, dons, sacrifices d'animaux. L'expression « ku phahla » désigne encore cet acte de consulter les ancêtres ou de leur présenter une offrande. Le culte est familial et hiérarchisé : les esprits des aînés pèsent plus que les autres, et ce sont les anciens de la lignée qui parlent en son nom.
Le 19e siècle a profondément transformé ce système. L'installation de groupes nguni venus du sud lors du mfecane, puis la fondation de l'État de Gaza, ont mis les Tsonga en contact étroit avec des Nguni et des Ndau. Selon l'anthropologue mozambicaine Alcinda Honwana, c'est de cette époque que datent les possessions par des esprits étrangers à la lignée, dits vanguni et vandau. Certains, les mipfhukwa ou « esprits de la guerre », sont ceux de soldats étrangers tués et privés de sépulture convenable, qui réclament réparation à la famille de leurs meurtriers : une maison, du bétail, de l'argent, parfois une épouse. Le praticien appelé nyamusoro réunit en lui les trois catégories d'esprits, tsonga, nguni et ndau, et combine divination, soins par les plantes et exorcisme (kufemba). Comme ailleurs en Afrique australe, la vocation passe souvent par une « maladie d'appel » suivie d'une initiation, un parcours proche de l'ukuthwasa décrit dans la fiche ubungoma.
Les travaux de Honwana ont montré l'actualité de ces pratiques : après la guerre civile mozambicaine, des rituels de purification liés aux esprits ont servi à réintégrer d'anciens combattants et des personnes touchées par les violences. Le système des swikwembu n'est donc pas un héritage figé, mais un cadre qui a intégré successivement les conquêtes et les conflits armés de l'histoire régionale.
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Sources
- Junod, H.A. (1912-1913). The Life of a South African Tribe
- Honwana, A. (2002). Espíritos vivos, tradições modernas: possessão de espíritos e reintegração social pós-guerra no sul de Moçambique