Umkhosi wokweshwama
RiteAussi connu·e sous : Ukweshwama, Umkhosi Ukweshwama, ukuNyathela, umKhosi, fête des prémices zulu
Zulu
Fête annuelle des prémices du royaume zulu, célébrée autour de décembre, avant laquelle nul ne pouvait consommer les fruits de la nouvelle récolte tant que le roi ne les avait pas goûtés. Au cœur du rite, de jeunes guerriers maîtrisent et tuent à mains nues un taureau, dont la force est censée passer au roi. Interrompue après la défaite zulu de 1879, la cérémonie a été relancée par le roi Goodwill Zwelithini et se tient aujourd'hui au palais d'Enyokeni, à Nongoma.
- royauté sacrée
- prémices agricoles
- renouvellement du roi
- ancêtres royaux
En détail
L'umkhosi wokweshwama est le grand rituel des prémices de la monarchie zulu, au KwaZulu-Natal. Il ouvre la saison où l'on peut manger les premières citrouilles, courges, melons et le maïs nouveau, mais il concerne autant la personne du roi que la récolte : selon les sources, il renouvelle chaque année sa force et, à travers lui, celle du royaume. C'est le pendant zulu de l'incwala des Swazi, avec lequel il partage l'essentiel de sa structure.
L'ethnographe et missionnaire A. T. Bryant, qui recueillit ses informations auprès d'anciens entre les années 1880 et le début du 20e siècle, distingue deux temps. Le premier, ukweshwama ou ukuNyathela, se tenait le plus souvent à la lune de novembre-décembre : manger ses propres prémices avant le roi revenait à le défier et pouvait coûter la vie. Des messagers envoyés en secret jusqu'à la côte rapportaient de petites courges sauvages et de l'eau de mer, additionnée de l'eau de chaque rivière traversée. Dans le grand enclos à bétail, une compagnie de guerriers devait saisir à mains nues un taureau noir des troupeaux royaux et le tuer en lui tordant le cou ; les spécialistes rituels en prélevaient le sang et certaines parties, et de jeunes garçons brûlaient le reste pendant la nuit. Le roi absorbait du bout des doigts une décoction de ce sang, d'une motte de terre prise sur la route principale et de fragments des nouveaux fruits, pour être aimé de son peuple et respecté des souverains voisins, puis on le purifiait avec des remèdes « blancs » et l'eau de mer. Venait ensuite, à la lune suivante, l'umkhosi proprement dit, la grande fête royale, à laquelle les ancêtres des rois, censés errer sous la forme de serpents verts, devaient être ramenés auprès de leurs tombes par des sacrifices ; les bœufs offerts provenaient des anciens kraals du clan zulu, et non des troupeaux de la nation élargie issue des conquêtes de Shaka, car le roi officiait alors en chef du clan plus qu'en monarque. Bryant précise que ses informateurs divergeaient sur bien des détails, et qu'il doutait même que le taureau ait été tué à mains nues lors du premier temps, alors qu'il n'en doutait pas pour le second.
La fête a beaucoup servi aux anthropologues. Max Gluckman y voyait un « rituel de rébellion », comme dans l'incwala : il cite le voyageur français Adulphe Delegorgue, qui vit dans les années 1840 de simples guerriers sortir des rangs pour interpeller et accuser publiquement le roi Mpande, avant que l'ordre ne revienne. Bryant situe le dernier umkhosi de l'ancien royaume sous Cetshwayo, juste avant la guerre anglo-zulu de 1879. La cérémonie a été relancée sous Goodwill Zwelithini, au palais d'Enyokeni, à Nongoma. Le meurtre du taureau y est expliqué par l'historien Jabulani Maphalala comme une mise à mort symbolique du roi, dont la puissance décline et doit être régénérée : l'animal le représente, et la force que les jeunes hommes lui prennent passe au souverain quand il sort de sa réclusion. En 2009, l'association Animal Rights Africa demanda à la Haute Cour du KwaZulu-Natal d'interdire ce rite, jugé cruel ; le juge Van der Reyden rejeta la demande le 4 décembre 2009, estimant que les faits allégués n'étaient pas établis. Pour la juriste Christa Rautenbach, l'affaire montre ce que devient une tradition ravivée lorsqu'elle s'exerce sous la protection des droits culturels et religieux de la Constitution sud-africaine.
Attributs
- taureau noir tué à mains nues
- courges sauvages et eau de mer
- décoction de sang, de terre et de fruits nouveaux
- serpents verts des rois défunts
Généalogie
- Entités liées
- Incwala, Shaka, Nomkhubulwana, Umhlanga (la danse des roseaux)
Culte contemporain
La fête se tient chaque année vers le début de décembre au palais royal d'Enyokeni, à Nongoma (KwaZulu-Natal). Elle a été relancée par Goodwill Zwelithini, mort en 2021, auquel a succédé son fils Misuzulu kaZwelithini. La mise à mort du taureau a suscité, à partir de 2009, l'opposition d'associations de protection animale.
Notes
La relance de la fête n'est datée de 1990 que par Wikipédia, qui s'appuie sur un article du New York Times (1991) et sur S. Dubin (2012). Wikipédia situe aussi le dernier umkhosi de l'ancien royaume en 1877-1878, alors que Bryant le place en 1879, juste avant la guerre ; le détail d'une interdiction formelle par les autorités britanniques reste incertain. Les récits de Bryant reposent sur des souvenirs d'anciens recueillis trente à cinquante ans après la dernière célébration, et il reconnaît leurs divergences. La description du meurtre du taureau est contestée : les associations de défense des animaux ont fait état d'une mise à mort longue et violente, tandis que la version de Maphalala, retenue par le tribunal, parle d'une asphyxie suivie d'une rupture rapide des cervicales, sans effusion de sang. Le lien avec l'incwala swazie et avec la déesse Nomkhubulwana, à laquelle selon Gluckman les femmes ne présentaient pas d'offrande de la récolte, vient de Gluckman. Le contenu du jugement est résumé par InforMEA et par Peté et Crocker.
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Sources
- Bryant, A.T. (1948). The Zulu People as They Were before the White Man Came. Pietermaritzburg, Shuter & Shooter (p. 511-515)
- Gluckman, M. (1963). Rituals of Rebellion in South-East Africa, dans Order and Rebellion in Tribal Africa. Londres, Cohen & West (conférence Frazer de 1952)
- Gluckman, M. (1938). Social Aspects of First-Fruits Ceremonies among the South-Eastern Bantu. Africa 11
- Peté, S.A. & Crocker, A.D. (2012). Ancient Rituals and Their Place in the Modern World: Culture, Masculinity and the Killing of Bulls, Part One. Obiter 33(2)
- Rautenbach, C. (2011). Umkhosi Ukweshwama: Revival of a Zulu Festival in Celebration of the Universe's Rites of Passage. SSRN
- Smit NO and Others v King Goodwill Zwelithini Kabhekuzulu and Others (10237/2009) [2009] ZAKZPHC 75, Haute Cour du KwaZulu-Natal, 4 décembre 2009