Nzambi a Mpungu

Divinité

Aussi connu·e sous : Nzambi, Nzambi Mpungu

Kongo

Dieu créateur suprême dans la cosmologie kongo, à l'origine de l'univers et garant de l'ordre moral. Figure lointaine, rarement représentée directement, agissant surtout via des esprits intermédiaires (bakisi).

  • création
  • ordre moral
  • ciel

En détail

Nzambi a Mpungu est le nom du dieu suprême chez les Kongo, peuple établi de part et d'autre du bas fleuve Congo, entre l'Angola, la République du Congo et la République démocratique du Congo. Créateur de toute chose et garant de l'ordre du monde, il reste une figure lointaine : on ne le représente pas, on ne lui consacre ni sanctuaire ni prêtrise, et la vie religieuse quotidienne passe plutôt par les ancêtres, les esprits de la nature et les minkisi, ces objets chargés de puissance que manient les spécialistes rituels (voir la fiche nkisi). Il compte pourtant parmi les noms divins africains les mieux documentés dans la durée, grâce à cinq siècles de sources écrites liées au royaume de Kongo.

Dès le début du 16e siècle, les Portugais qui fréquentent la cour de Kongo notent ce nom comme celui du dieu local. Quand le roi Afonso Ier et les lettrés kongo entreprennent, avec les missionnaires, de traduire le christianisme en kikongo, c'est lui qu'ils retiennent pour dire « Dieu », de même que le mot nkisi sert à dire « saint ». Le catéchisme de 1624, établi sous la direction du jésuite Mateus Cardoso et imprimé à Lisbonne, l'emploie ainsi ; c'est le plus ancien livre imprimé conservé dans une langue bantoue. L'historien John Thornton a montré que ce choix a produit un christianisme kongo durable, pensé dans les catégories de la cosmologie locale plutôt que plaqué sur elle, jusqu'au mouvement antonien de Kimpa Vita au début du 18e siècle.

Le mot lui-même dépasse largement le kikongo : Nzambe en lingala, Zambi en kimbundu, Nyambe chez les Lozi de Zambie désignent eux aussi une puissance créatrice, et le Nzame des Fang est souvent rapproché de la même famille de noms. Cette parenté linguistique signale une notion ancienne partagée par de nombreuses langues bantoues, mais les contenus attachés au nom varient beaucoup d'un peuple à l'autre. Chez les Kongo, l'œuvre de Kimbwandènde Kia Bunseki Fu-Kiau a proposé au 20e siècle une lecture systématique de cette cosmologie, centrée sur le cycle du dikenga ; c'est une synthèse d'auteur, précieuse mais postérieure aux siècles de contacts chrétiens, qu'il faut distinguer des sources anciennes.

Le nom a aussi voyagé avec la traite atlantique : on le retrouve dans les religions afro-américaines d'origine kongo, comme le Palo Monte cubain ou le Kumina jamaïcain, où il désigne encore l'être suprême.

Généalogie

Entités liées
Kimpa Vita, Funza, Lukeni lua Nimi

Culte contemporain

Le nom a été repris comme équivalent de 'Dieu' dans l'évangélisation chrétienne de la région, ce qui a partiellement recomposé sa portée théologique d'origine, comme pour d'autres créateurs suprêmes africains (Nyame, uNkulunkulu).

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Sources

  • MacGaffey, W. (1986). Religion and Society in Central Africa: The BaKongo of Lower Zaire
  • Fu-Kiau, K.K.B. (2001). African Cosmology of the Bantu-Kongo
  • Thornton, J.K. (1984). The Development of an African Catholic Church in the Kingdom of Kongo, 1491-1750. Journal of African History, 25(2)

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