Sudika-mbambi
RécitAussi connu·e sous : Sudika-Mbambi, Sudika-mbambi et Kabundungulu
Mbundu · Mbamba
Conte en kimbundu publié par Héli Chatelain en 1894, qui suit le héros Sudika-mbambi, né en parlant et armé, et son jumeau cadet Kabundungulu. Sudika-mbambi combat les ogres makishi, descend chez Kalunga-ngombe, le roi des morts, pour épouser sa fille, et doit la vie à son frère qui le tire du ventre d'un monstre aquatique. Le récit se termine par la brouille des jumeaux, devenus le tonnerre de l'est et celui qui lui répond depuis l'ouest.
- exploit héroïque
- mort et retour à la vie
- tonnerre
En détail
Sudika-mbambi est le cinquième texte des Folk-Tales of Angola de Héli Chatelain (1894), et le plus long récit héroïque du recueil ; Chatelain le qualifie d'« épopée en prose ». Il l'a recueilli auprès de Jelemia dia Sabatelu, dans le dialecte mbaka du kimbundu, mais estime que l'histoire appartient en propre aux Mbamba, un groupe originaire de l'ancien duché de Mbamba, dans le royaume de Kongo, et installé parmi les Mbundu de la région de Malanje. Le conte se rattache au cycle de Kimanaueze, grand-père du héros, et aux histoires de makishi, ces ogres anthropophages des contes mbundu. Le nom du héros associe, selon Chatelain, le verbe « suspendre en hauteur » et le mot mbambi, « antilope » : c'est l'image de la foudre qui bondit dans les nuages.
Pendant que Nzua, fils de Kimanaueze, est parti commercer à Luanda, les makishi saccagent le village. Il retrouve sa femme dans les champs, et l'enfant qu'elle porte annonce depuis son ventre l'arrivée de son épée, de son couteau, de son bâton et de son kilembe, une plante de vie qui fleurit ou se fane avec la vie de son maître. Sudika-mbambi naît en se nommant, puis son jumeau Kabundungulu fait de même. Le héros fait planter son kilembe derrière la case, confie à son frère le soin de le surveiller et part combattre les makishi, accompagné de quatre kipalende vantards. Une vieille femme terrasse l'un après l'autre ces compagnons et les écrase sous une pierre ; Sudika-mbambi la tue et épouse sa petite-fille, qu'elle tenait enfermée dans une maison de pierre. Jaloux, les kipalende le font tomber dans une fosse couverte de nattes. Au fond, une route mène au pays des morts. Une vieille femme dont seule la moitié supérieure travaille au soleil lui indique le chemin étroit. Chez Kalunga-ngombe, il demande la fille du roi des morts, évite le piège d'un coq offert en repas en le gardant vivant sous son lit, tranche les têtes du serpent Kinioka kia Tumba, ravisseur de la jeune fille, puis tente de pêcher Kimbiji kia Malenda a Ngandu, qui dévore les chèvres et les porcs de Kalunga-ngombe. Le monstre l'entraîne dans l'eau et l'avale. Voyant le kilembe desséché, Kabundungulu suit la même route, pêche Kimbiji avec l'aide des gens de l'endroit, retrouve les os de son aîné dans son ventre et le ramène à la vie en lui disant de se lever. Les frères remontent avec la fille de Kalunga-ngombe et chassent les kipalende. Mais le cadet réclame l'une des deux épouses de l'aîné ; ils se battent sans pouvoir se blesser, puis se séparent, l'un vers l'est, l'autre vers l'ouest. Depuis, conclut le conteur, le tonnerre qui gronde est l'aîné, et celui qui lui répond est le cadet.
Chatelain rapproche ce conte de celui du roi Kitamba kia Xiba, qui décrit le pays des morts de la même façon, et compare l'arbre de vie à l'eau versée sur le foyer dans ce récit. Il signale aussi, dans les Études sur la langue séchuana d'Eugène Casalis (1841), le héros sotho Litaolane, qui délivre les hommes d'un monstre qui les avait avalés après s'être laissé avaler à son tour ; il juge la ressemblance accidentelle. Le missionnaire Édouard Jacottet, en 1908, cite à son tour Sudika-mbambi, à propos de l'enfant prodige du conte sotho de Senkatana : avec uHlakanyana chez les Zulu, il parle avant même de naître. Alice Werner reprend le conte en 1933 parmi les héros civilisateurs bantous. Elle doute que la conclusion météorologique appartienne au récit d'origine, ce type de mythe de la nature lui paraissant très rare chez les peuples bantous, alors que Chatelain y voyait un trait remarquable du conte.
Attributs
- kilembe (plante de vie)
- épée, couteau et bâton reçus à la naissance
- fosse menant au pays des morts
- monstre aquatique Kimbiji kia Malenda a Ngandu
- serpent à plusieurs têtes Kinioka kia Tumba
Généalogie
- Entités liées
- Kalunga-ngombe, Kishi, Litaolane
Récits associés
Notes
Chatelain hésite sur l'origine du conte : il le croit propre aux Mbamba, mais relève des parallèles portugais et italiens, notamment un conte brésilien qui n'en serait qu'une autre version ; il juge pourtant une origine portugaise peu probable. Le rapprochement avec Litaolane est d'abord celui de Chatelain lui-même, d'après Casalis ; Jacottet ne cite Sudika-mbambi que pour le motif de l'enfant qui parle avant de naître. Le résumé de Werner présente la mère du héros comme la fille du Soleil et de la Lune ; ce détail ne figure pas dans le texte V de Chatelain et rappelle plutôt le conte XIII du recueil, où le fils de Kimanaueze épouse la fille du Seigneur Soleil et Lune. Werner note aussi que la « cruche de sagesse » exigée par Kalunga-ngombe repose peut-être sur un jeu de mots entre ndungu (piment) et ndunge (sagesse).
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Sources
- Chatelain, H. (1894). Folk-Tales of Angola: Fifty Tales, with Ki-mbundu Text, Literal English Translation, Introduction, and Notes (conte V, « Sudika-mbambi », et notes)
- Jacottet, E. (1908). The Treasury of Ba-Suto Lore (notes au conte de Senkatana)
- Werner, A. (1933). Myths and Legends of the Bantu (chapitre « Heroes and Demi-gods »)