Bulopwe

Rite

Luba

Principe de royauté sacrée luba selon lequel le pouvoir politique procède d'une force spirituelle transmise par le sang royal, incarnée par le souverain (mulopwe) et matérialisée par des objets de régalia consacrés.

  • royauté sacrée
  • légitimité politique
  • transmission spirituelle

En détail

Chez les Luba du sud-est de l'actuelle République démocratique du Congo, le bulopwe désigne la qualité sacrée qui fait d'un homme un roi véritable, un mulopwe. Ce n'est ni un titre ni un territoire, mais une essence que l'on dit transmise par le sang et que la tradition fait remonter à un héros venu de l'est. La notion est au cœur de la manière dont l'un des plus vastes ensembles politiques de la savane d'Afrique centrale a pensé la légitimité de ses souverains, et elle explique pourquoi ce modèle a été imité bien au-delà du pays luba.

Le récit fondateur, souvent appelé l'épopée luba, oppose deux figures. Nkongolo Mwamba, premier maître du pays, gouverne par la force : c'est un mukalanga, un conquérant sans manières, que les versions décrivent volontiers comme ivre et cruel. Le chasseur Mbidi Kiluwe arrive de l'est avec une conduite inconnue jusque-là : il ne mange pas à la vue d'autrui, surveille ses paroles et ses gestes. De son union avec une sœur de Nkongolo naît Kalala Ilunga, qui finira par vaincre son oncle et fonder la dynastie. Le bulopwe, c'est ce que Mbidi Kiluwe a apporté et légué à ses descendants : une façon d'être roi faite de retenue, de secret et de distance vis-à-vis du commun, bien plus qu'un simple droit de commander.

Le sang ne suffisait pourtant pas. Le prétendant devait passer par une investiture rituelle et recevoir les emblèmes du pouvoir (sièges, bâtons, lances, appuie-nuque), dont beaucoup portent des figures féminines : pour les Luba, le corps de la femme est le réceptacle qui soutient la royauté, et certaines femmes de la cour avaient la garde de ses secrets. À la mort d'un roi, sa résidence devenait un kitenta, un lieu où son règne se prolongeait à travers une médium, la mwadi, qui recevait son esprit, conservait ses dignitaires et ses insignes et recevait des présents du nouveau souverain installé ailleurs. La société Mbudye, conseil d'hommes et de femmes chargé de conserver et d'interpréter l'histoire et les principes du royaume, servait de contrepoids au pouvoir royal ; ses récitations, appuyées sur les planchettes de mémoire décrites dans la fiche lukasa, rappelaient la généalogie sur laquelle reposait la légitimité du roi.

Le modèle a été repris par des voisins, notamment par le royaume lunda, dont la dynastie se rattache à un prince chasseur luba, Chibinda Ilunga (voir sa fiche), et il s'est diffusé dans une région qui couvre aujourd'hui le nord de l'Angola, le nord-ouest de la Zambie et le sud de la RDC. Les historiens qui ont travaillé sur ces traditions, de Thomas Reefe à Mary Nooter Roberts et Allen Roberts, rappellent que l'épopée n'est pas une chronique : elle a été racontée et remaniée par ceux qui détenaient le pouvoir, et ses versions varient selon les lieux et les récitants.

Généalogie

Entités liées
Lukasa, Nkongolo Mwamba, Mbidi Kiluwe, Kalala Ilunga

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Sources

  • Reefe, T.Q. (1981). The Rainbow and the Kings: A History of the Luba Empire to 1891
  • Nooter Roberts, M. & Roberts, A.F. (1996). Memory: Luba Art and the Making of History

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