Lukasa

Rite

Luba

Planchette de mémoire luba couverte de perles et de motifs sculptés en relief, utilisée par les membres de la société Mbudye comme support mnémotechnique pour réciter l'histoire dynastique, la généalogie royale et la géographie sacrée du royaume lors de performances rituelles.

  • mémoire dynastique
  • histoire orale
  • légitimité politique

En détail

Le lukasa est une petite planchette de bois que les membres de la société Mbudye, chez les Luba du sud-est de la République démocratique du Congo, utilisent pour réciter l'histoire du royaume. Le récitant en parcourt la surface de l'index droit, et chaque perle, chaque relief touché appelle un nom, un lieu, un épisode. L'objet compte parmi les exemples les plus étudiés de support de mémoire qui ne soit pas une écriture, et il remet en question l'idée qu'une société sans écriture serait une société sans archives.

La planchette, d'une vingtaine de centimètres de long, a souvent la forme d'un sablier. Elle est couverte de perles de couleurs, de coquillages et de morceaux de métal, ou bien porte des motifs incisés et sculptés en relief. Selon les descriptions reprises des travaux de Mary Nooter Roberts et Allen Roberts, une arête centrale partage la surface en deux et les saillies des extrémités évoquent la tête et la queue d'un crocodile. Les couleurs renvoient aux figures de l'épopée fondatrice : le rouge à Nkongolo Mwamba, le souverain violent associé au serpent arc-en-ciel, le bleu à Mbidi Kiluwe, porteur de la royauté sacrée. La disposition des perles, en grappes, en lignes ou isolées, signale des catégories différentes : personnages, sites, itinéraires de migration. Le lukasa fonctionne ainsi comme une carte à la fois géographique et chronologique de l'histoire politique.

Tous les lukasa n'avaient pas le même contenu. Les sources distinguent des planchettes consacrées aux héros de l'épopée, d'autres à l'organisation de la société Mbudye elle-même, et d'autres encore, liées au savoir secret de la chefferie, dont aucun exemplaire ne serait parvenu jusqu'à nous. Les « hommes de mémoire » qui les manipulaient relevaient de la Mbudye, une institution dont la fondation est généralement placée au XVIIIe siècle et qui veillait sur les principes politiques du royaume (voir la fiche bulopwe).

Il serait trompeur de voir dans le lukasa un code fixe qu'il suffirait de déchiffrer : pour les Roberts, la mémoire luba est une construction active, qui change selon le moment, le lieu et les enjeux de la récitation. Une même planchette peut donc donner lieu à des récits différents selon le récitant. C'est aussi pourquoi les lukasa conservés dans les musées occidentaux, séparés de ceux qui savaient les lire, ne livrent plus qu'une partie de leur sens.

Attributs

  • planchette en bois couverte de perles, coquillages et motifs sculptés

Généalogie

Entités liées
Bulopwe, Nkongolo Mwamba, Mbidi Kiluwe

Notes

Le lukasa n'est pas un texte écrit à décoder terme à terme mais un dispositif mnémotechnique dont la lecture varie selon la performance et le récitant, ce qui en fait un objet d'étude particulièrement riche sur les formes non-écrites de transmission historique.

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Sources

  • Nooter Roberts, M. & Roberts, A.F. (1996). Memory: Luba Art and the Making of History
  • Petit, P. (2008). La question luba: identités, appartenances et pouvoirs

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