Lalibela

Héros

Aussi connu·e sous : Lalibala, Gebre Meskel Lalibela, Gabra Masqal

Éthiopiens (Lasta et Wag, Amhara)

Lalibela est un roi de la dynastie zagwé qui régna sur l'Éthiopie chrétienne à la fin du XIIe et au début du XIIIe siècle. La tradition lui attribue les onze églises monolithes de Roha, la ville qui porte aujourd'hui son nom, inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO en 1978. Son hagiographie, rédigée après la chute de sa dynastie, en fait un saint à qui Dieu montra au ciel les églises qu'il devait tailler dans la roche.

  • royauté
  • architecture sacrée
  • sainteté
  • pèlerinage

En détail

Lalibela appartient à la dynastie zagwé, issue du Bugna, dans le Lasta, qui prit le pouvoir au XIIe siècle et le garda jusqu'en 1270. Taddesse Tamrat ne voit pas dans cet avènement une rupture avec la tradition d'Aksoum ; ce sont les traditions officielles postérieures qui firent des Zagwé des étrangers ayant usurpé le trône de la « maison d'Israël ». Le règne de Lalibela marque l'apogée de la dynastie. Des envoyés du patriarche d'Alexandrie, venus en 1210 à sa capitale d'Adafa, toute proche des églises, lui prêtent une armée de soixante mille cavaliers ; ses actes de donation et l'Histoire des patriarches montrent qu'il régnait entre 1205 et 1225, et il vivait peut-être encore vers 1235. On place souvent son règne entre 1181 et 1221 environ.

Sa Vie, publiée par Jules Perruchon en 1892, est une suite de sermons édifiants. Lalibela naît à Roha ; à sa naissance un essaim d'abeilles l'entoure, et sa mère, douée de prophétie, lui donne un nom qui signifie « l'abeille a connu sa grandeur ». Son frère Harbay, qui règne, le craint ; une demi-sœur lui sert une coupe de bière empoisonnée, dont meurt le diacre qui y goûte le premier. Lalibela survit, et un ange l'emmène à travers les sept cieux, où Dieu lui montre des églises faites d'une seule pierre. Réfugié au désert, où il vit de chasse, il épouse sur l'ordre de l'ange Masqal-Kebra, puis gagne Jérusalem avec l'archange Gabriel ; le Christ lui donne son nom de règne, Gabra Masqal. Averti en songe, Harbay lui cède le trône. Le roi fait forger les outils, laisse les ouvriers fixer leur salaire, achète le terrain et taille les églises avec des anges que lui seul voit. À la fin, il refuse que son fils lui succède et demande à Dieu de rendre la royauté à la maison d'Israël. Taddesse Tamrat souligne que ces hagiographies furent composées après 1270 et qu'elles taisent le nom de son fils Yitbarak, au profit de son neveu Na'akuto La'ab.

Le site compte onze églises, en deux groupes séparés par un cours d'eau nommé Jourdain, plus Biete Ghiorgis, isolée et en forme de croix ; Biete Medhane Alem est tenue pour la plus vaste église monolithe du monde, et Biete Golgotha abrite des répliques du tombeau du Christ. Pour Taddesse Tamrat, l'ensemble voulait reproduire Jérusalem dans les montagnes du Lasta, ce que l'hagiographie exprime par la visite des lieux saints sous la conduite du Christ. Le texte ne parle pourtant que de dix églises, et l'archéologie a nuancé l'attribution à un seul règne : on admet aujourd'hui plusieurs phases de creusement, peut-être entre le VIIe et le XIIIe siècle, et Biete Mercoreos comme Biete Gabriel-Rafael ont pu être d'abord des résidences ou des ouvrages défensifs. L'équipe de François-Xavier Fauvelle-Aymar a montré en 2010 que la séquence se lit dans les tailles, les ouvertures et les déblais. Lalibela se situe aussi dans l'histoire de la légitimité royale : c'est de son temps, en 1225, que serait apparue la version arabe du récit de Makeda et de Ménélik, hostile aux rois non israélites. Le codex présente par ailleurs Gudit, la reine que plusieurs auteurs relient à l'avènement des Zagwé.

Attributs

  • essaim d'abeilles de sa naissance
  • églises monolithes de Roha
  • voyage céleste guidé par un ange
  • nom de règne Gabra Masqal

Généalogie

Entités liées
Gudit, Ménélik Ier, Makeda

Récits associés

Culte contemporain

Lalibela est vénéré comme saint par l'Église orthodoxe éthiopienne ; le synaxaire rappelle sa mort au 12 du mois de sené (juin). La ville reste le grand lieu de pèlerinage de cette Église, en particulier pour Genna, le Noël éthiopien (7 janvier), et abrite une importante communauté de prêtres et de moines.

Notes

Les dates de règne restent incertaines : les listes royales lui donnent quarante ans de règne, et Taddesse Tamrat remarque que les mentions de 1205 et 1210 ne parlent pas encore des églises, peut-être pas encore creusées ; la tradition rapportée par Alvares leur donne vingt-quatre ans de travaux. La fiche de l'UNESCO situe l'entreprise tantôt au XIIe, tantôt au XIIIe siècle. L'étymologie « l'abeille a connu sa grandeur » est celle de l'hagiographie, non une analyse linguistique. Les travaux de David Phillipson, cités dans la bibliographie de l'essai du Metropolitan Museum, défendent une datation plus ancienne de certaines églises. Perruchon jugeait la Vie pauvre en données historiques et la datait du XIVe siècle.

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Sources

  • Perruchon, J. (1892). Vie de Lalibala, roi d'Éthiopie : texte éthiopien et traduction française
  • Taddesse Tamrat (1972). Church and State in Ethiopia, 1270-1527
  • Windmuller-Luna, K. (2014). The Rock-hewn Churches of Lalibela, Heilbrunn Timeline of Art History, Metropolitan Museum of Art
  • UNESCO (1978). Églises creusées dans le roc de Lalibela, Liste du patrimoine mondial, bien n° 18
  • Fauvelle-Aymar, F.-X., Bruxelles, L., Mensan, R., Bosc-Tiessé, C., Derat, M.-L. et Fritsch, E. (2010). Rock-cut stratigraphy: sequencing the Lalibela churches, Antiquity, 84 (326)

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