Kebra Nagast (la Gloire des Rois)

Récit

Éthiopiens (Amhara / Tigréens)

Texte fondateur éthiopien du 14e siècle narrant la rencontre entre le roi Salomon et la reine de Saba, dont l'union aurait engendré Ménélik Ier, fondateur légendaire de la dynastie salomonide d'Éthiopie, qui aurait rapporté l'Arche d'alliance à Aksoum.

  • fondation dynastique
  • légitimité royale
  • transmission sacrée

En détail

Le Kebra Nagast, « la Gloire des rois », est un texte en ge'ez, la langue liturgique de l'Église orthodoxe éthiopienne, compilé au XIVe siècle. Il raconte comment la dynastie qui a régné sur l'Éthiopie jusqu'en 1974 descendrait du roi Salomon et de la reine de Saba, et comment l'Arche d'alliance aurait quitté Jérusalem pour Aksoum. Pendant six siècles, il a fourni à la monarchie éthiopienne sa justification et à l'Église une part de son identité.

Le cœur du livre suit la reine, nommée ici Makeda, dans son voyage à Jérusalem. Séduite par la sagesse de Salomon, elle se convertit au culte du Dieu d'Israël ; le roi obtient d'elle une nuit par un stratagème, et elle rentre enceinte. Leur fils, Ménélik, se rend à l'âge adulte auprès de son père, qui le reconnaît et le renvoie en Éthiopie avec les premiers-nés des grandes familles d'Israël. Ce sont ces jeunes gens, menés par Azarias, fils du grand prêtre Sadoq, qui emportent en secret l'Arche du Temple ; Salomon, découvrant la perte, comprend que Dieu a voulu ce transfert. Le texte compte cent dix-sept chapitres et mêle ce récit à des commentaires bibliques et à des prophéties, dans un ensemble que les spécialistes décrivent comme une compilation de sources bibliques, apocryphes et patristiques.

Son colophon attribue la rédaction à un certain Yeshaq, dignitaire religieux d'Aksoum, et présente l'ouvrage comme traduit d'un original copte passé par l'arabe, une généalogie du texte que plusieurs chercheurs mettent en doute. Beaucoup d'historiens le lisent comme l'œuvre de propagande d'une dynastie qui, depuis la prise du pouvoir de Yekouno Amlak en 1270, se disait « salomonide » et devait justifier l'éviction des rois Zagwé. La constitution impériale de 1931 inscrivait encore dans son article 3 que la lignée de Haïlé Sélassié descendait sans interruption de Ménélik Ier, fils de Salomon et de la reine de Saba.

L'Église éthiopienne affirme toujours conserver l'Arche dans une chapelle de l'église Sainte-Marie-de-Sion d'Aksoum, confiée à un moine gardien seul autorisé à la voir, et chaque église du pays abrite une réplique des tables de la Loi, le tabot. Stuart Munro-Hay a retracé l'histoire de cette tradition en historien, sans pouvoir la confirmer. Hors d'Éthiopie, la filiation salomonienne a nourri le mouvement rastafari, né en Jamaïque dans les années 1930, qui voit en Haïlé Sélassié, « Lion conquérant de la tribu de Juda », l'héritier de cette lignée sacrée.

Attributs

  • Arche d'alliance (selon la tradition, conservée à Aksoum)

Généalogie

Entités liées
Makeda

Culte contemporain

Texte fondateur de la légitimité de la monarchie éthiopienne jusqu'à son abolition en 1974 ; toujours central à l'identité religieuse de l'Église orthodoxe éthiopienne contemporaine.

Notes

La véracité historique du récit (existence de la reine de Saba en tant que souveraine éthiopienne, présence effective de l'Arche à Aksoum) relève de la tradition religieuse et fait l'objet de scepticisme académique, sans que cela diminue son importance culturelle et théologique pour l'Éthiopie.

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Sources

  • Budge, E.A.W. (trad.) (1922). The Queen of Sheba and Her Only Son Menyelek (traduction du Kebra Nagast)
  • Munro-Hay, S. (2005). The Quest for the Ark of the Covenant

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