Aïcha Kandicha

Créature

Aussi connu·e sous : Aïcha Qandicha

Marocains (folklore maghrébin)

Figure féminine surnaturelle du folklore marocain, décrite comme une femme à la beauté envoûtante mais aux pieds de chèvre ou de chameau, séduisant et rendant fous ou noyant les hommes qui l'approchent près des points d'eau.

  • séduction dangereuse
  • eau
  • châtiment moral

En détail

Aïcha Kandicha, que l'on appelle aussi, par précaution ou par respect, Lalla Aïcha, est la plus célèbre des jinniyat (djinns féminins) du Maroc. On la décrit comme une femme d'une grande beauté dont les jambes se terminent par des sabots de chèvre, de chameau ou d'âne, qui hante les rivières, les sources et les lieux humides. Elle intéresse autant l'histoire des croyances que l'anthropologie, parce qu'elle vit à la fois dans les récits de mise en garde et dans des pratiques rituelles bien réelles.

Dans les récits, elle aborde de jeunes hommes seuls, de nuit ou près de l'eau, et les séduit ; celui qui cède peut perdre la raison, mourir, ou au contraire se voir lié à elle et comblé tant qu'il lui reste fidèle. Les détails varient beaucoup d'une région à l'autre : ici elle est vêtue de noir, là elle craint le fer et l'acier, ailleurs elle a pour compagnon un djinn masculin nommé Hammou Qaïyou. Reconnaître ses pieds sous la robe est souvent le seul moyen de la démasquer.

Elle occupe une place centrale dans la confrérie des Hamadcha, fondée autour des saints Sidi Ali ben Hamdouch et Sidi Ahmed Dghoughi, dans la région de Meknès. L'anthropologue Vincent Crapanzano, dans une étude publiée en 1973, a montré comment la possession par Aïcha Kandicha y est prise en charge par la musique et la transe : le possédé danse, et certains adeptes se frappent ou s'entaillent la tête, le sang versé répondant à l'exigence de la jinniya. Ses couleurs rituelles sont le rouge et le noir, et on la retrouve jusque dans le zar égyptien sous le nom d'Aïcha la Maghrébine.

Son origine a suscité plusieurs hypothèses. Edvard Westermarck, au début du 20e siècle, y voyait la survivance d'une déesse orientale apportée par les Phéniciens, rapprochée d'Astarté et de Qadesh ; cette lecture est aujourd'hui jugée dépassée. Une explication plus récente, qui circule surtout dans la tradition populaire, en fait une noble marocaine de la région d'El Jadida qui aurait attiré des soldats portugais dans des embuscades, mais elle n'est appuyée par aucune source d'époque. La figure reste très présente dans la culture marocaine, de la chanson gnawa « Lalla Aïcha » au film d'horreur Kandisha (2020).

Attributs

  • pieds de chèvre ou de chameau
  • beauté envoûtante

Généalogie

Entités liées
Zar

Culte contemporain

La figure reste très présente dans la culture populaire marocaine contemporaine, invoquée notamment pour mettre en garde contre les comportements jugés imprudents.

Notes

Certaines interprétations universitaires y voient une possible christianisation puis islamisation d'une ancienne figure féminine divine préislamique, bien que cette filiation reste hypothétique et discutée.

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Sources

  • Legey, F. (1926). Essai de folklore marocain
  • Westermarck, E. (1926). Ritual and Belief in Morocco
  • Crapanzano, V. (1973). The Hamadsha: A Study in Moroccan Ethnopsychiatry

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