Anzar
DivinitéAmazigh (Berbères)
Divinité ou esprit de la pluie dans les traditions amazighes du Maghreb, au centre du rituel de Tislit n Wanzar ("la fiancée de la pluie"), pratiqué en cas de sécheresse pour appeler les précipitations.
- pluie
- fertilité agricole
- sécheresse
En détail
Anzar (anẓar) est d'abord le mot qui désigne la pluie dans presque toutes les langues berbères, à l'exception du touareg. Mais dans les rites destinés à faire tomber la pluie, pratiqués d'un bout à l'autre du Maghreb, ce nom devient celui d'un personnage auquel on s'adresse, que l'on appelle « roi » et à qui l'on offre une fiancée. Anzar est ainsi l'une des rares figures surnaturelles amazighes dont la mémoire s'est transmise jusqu'à l'époque contemporaine, par le chant et le geste plus que par des textes.
Le récit le plus connu a été recueilli en Kabylie, chez les At Ziki du haut Sebaou, et publié par Henri Genevois. Anzar, roi de la pluie, s'éprend d'une jeune fille qui se baigne dans la rivière. Elle le repousse ; il tourne alors son anneau et l'eau disparaît. Désespérée, la jeune fille l'appelle, s'offre à lui, et la rivière coule de nouveau. Le texte présente ce récit comme l'origine de la coutume : en temps de sécheresse, on célèbre Anzar, et la jeune fille choisie doit s'offrir à lui.
Le rite, appelé tislit n wanẓar, « la fiancée d'Anzar », consiste à promener une fiancée figurée en procession de maison en maison, en chantant des invocations à la pluie et en recueillant des dons. Selon les régions, c'est une jeune fille parée en mariée ou une poupée bâtie autour d'une grande louche en bois (aghenja), dont les bras sont parfois faits de cuillers ; au Rif, on a pu utiliser des vans à grain, à Tabelbala (Saoura) la poupée était richement vêtue et couverte de bijoux. Des variantes sont signalées dans le Rif, l'Atlas marocain, la Kabylie, l'Aurès, le Mzab et jusqu'en Tunisie et à Djerba.
Anzar était-il un dieu de l'Antiquité berbère ou seulement la pluie personnifiée le temps du rite ? Salem Chaker relève la fixité des chants d'invocation et l'archaïsme du mot, qui plaident pour une origine religieuse ancienne, mais notre connaissance de la mythologie berbère antique est trop lacunaire pour trancher. La parenté avec l'Oumouk Tangou tunisienne, que la tradition populaire rattache à Tanit, et avec d'autres processions de poupées de pluie en Méditerranée reste une piste de comparaison, non une filiation établie.
Attributs
- poupée rituelle habillée en mariée (tislit)
- cortège processionnel
Généalogie
- Entités liées
- Ifri
Culte contemporain
Le rituel Tislit n Wanzar reste pratiqué dans certaines régions berbérophones du Maghreb (Kabylie, Atlas marocain) en période de sécheresse prolongée, souvent réinterprété aujourd'hui comme une tradition culturelle plus qu'une croyance religieuse active.
Notes
La documentation académique sur Anzar comme figure divine à part entière (plutôt que comme simple nom du rituel) reste limitée ; certaines sources traitent 'Anzar' avant tout comme le nom de la pluie elle-même, personnifiée le temps du rite.
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Sources
- Servier, J. (1985). Tradition et civilisation berbères
- Camps, G. & Chaker, S. (1989). Anẓar. Encyclopédie berbère, vol. 6
- Genevois, H. (1978). Un rite d'obtention de la pluie : la fiancée d'Anzar