Moremi Ajasoro

Héros

Yoruba

Reine légendaire d'Ifé qui, selon la tradition orale, se serait délibérément fait capturer par les envahisseurs Ugbo pour apprendre le secret de leurs déguisements effrayants, permettant ensuite à Ifé de vaincre ces raids. Elle aurait sacrifié son fils unique en accomplissement d'un vœu fait à la rivière Esimirin pour obtenir cette aide.

  • sacrifice
  • résistance
  • stratégie

En détail

Moremi Ajasoro est l'héroïne la plus célèbre de l'histoire légendaire d'Ile-Ife, la ville sainte des Yoruba au sud-ouest du Nigeria. Selon la tradition, elle était originaire de la région d'Offa et devint l'épouse d'un prince d'Ife, souvent identifié à Ọranyan, fils d'Oduduwa. Son histoire est celle d'une femme qui sauve sa cité par la ruse et le courage, puis paie ce salut du prix le plus lourd. Elle occupe dans la mémoire yoruba une place comparable à celle des grandes figures fondatrices masculines, ce qui fait d'elle une référence constante dès qu'il est question du rôle politique des femmes.

Ife subissait alors les raids d'hommes venus de la forêt, entièrement couverts de raphia, que les habitants prenaient pour des esprits et n'osaient pas combattre. Moremi fit vœu à Esimirin, la divinité d'une rivière, de lui offrir ce qu'elle voudrait si elle parvenait à sauver la ville. Elle se laissa capturer lors d'un raid, gagna par sa beauté la confiance du roi des assaillants et découvrit qu'il ne s'agissait que d'hommes costumés, que le feu suffisait à mettre en déroute. Revenue à Ife, elle livra ce secret et la ville repoussa les envahisseurs avec des torches. Quand elle alla remplir son vœu, la divinité exigea son fils unique, Oluorogbo, et Moremi le lui donna. Certaines versions adoucissent ce dénouement en faisant revivre ou monter au ciel l'enfant sacrifié.

Les assaillants sont appelés « Igbo » dans les récits anciens recueillis par Samuel Johnson, ce qui a longtemps entretenu une confusion avec le peuple igbo du sud-est du Nigeria. Les historiens y voient plutôt les gens d'Ugbo, dans la zone côtière ilaje, ou une population antérieure à l'installation de la dynastie d'Oduduwa, ce qui rattacherait l'épisode aux conflits de fondation évoqués aussi autour d'Ọbàtálá. La fête d'Edi, célébrée chaque année à Ile-Ife, commémore la délivrance de la ville et le sacrifice de Moremi, et inscrit cette histoire dans le calendrier rituel de la cité.

Sa figure connaît aujourd'hui une nouvelle vie. En 2016, l'Ooni d'Ife Adeyeye Enitan Ogunwusi a inauguré dans l'enceinte de son palais une statue de Moremi haute d'environ 12,8 mètres, présentée alors comme la plus haute du Nigeria. Le dramaturge Femi Osofisan s'est inspiré de sa légende dans Morountodun (1982), où une femme d'aujourd'hui se laisse capturer par des paysans révoltés à la manière de Moremi. Écoles, résidences universitaires et associations féminines portent son nom, signe qu'elle sert désormais d'emblème à l'engagement des femmes dans la vie publique.

Attributs

  • statue commémorative à Ile-Ife

Généalogie

Entités liées
Odùduwà

Culte contemporain

Le festival Edi à Ile-Ife commémore chaque année son sacrifice ; une statue monumentale (la 'Queen Moremi Statue of Liberty') y a été érigée en 2016.

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Sources

  • Johnson, S. (1921). The History of the Yorubas
  • Akintoye, S.A. (2010). A History of the Yoruba People

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