Gelede

Rite

Yoruba

Spectacle rituel de mascarade yoruba honorant le pouvoir spirituel des femmes, en particulier des mères âgées et des 'mères mystiques' (aje), censées pouvoir user de leur pouvoir pour le bien ou pour nuire. Le rite vise à les honorer et à apaiser ce pouvoir.

  • pouvoir féminin
  • fertilité
  • équilibre social

En détail

Gelede est une grande mascarade des Yoruba de l'ouest, appelés Nago au Bénin et au Togo, dont le foyer se situe dans l'aire de Kétou et chez les Egbado et Anago du Nigeria. Elle rend hommage aux « mères » (àwọn ìyá wa, « nos mères »), catégorie qui englobe les mères et les femmes âgées de la communauté, la Grande Mère primordiale Ìyá Nlá, et les àjẹ́, femmes dont on pense qu'elles détiennent un pouvoir spirituel capable de faire prospérer ou de ruiner le groupe. Le mot àjẹ́ est souvent traduit par « sorcière », une traduction trompeuse car ce pouvoir n'est pas mauvais en soi : tout dépend de l'usage qui en est fait. Le rite part de cette idée simple : plutôt que de combattre une force redoutée, mieux vaut la reconnaître, la divertir et s'en faire une alliée.

La fête commence par une cérémonie nocturne, l'Ẹ̀fẹ̀, dont la figure centrale, Oro Efe, chante des poèmes à la fois religieux et satiriques. Sous couvert de rire, il nomme les travers de la communauté, raille les voleurs, les avares et parfois les puissants, et rappelle les règles de la vie commune. Le lendemain, en plein jour, les masques gelede entrent en scène, le plus souvent par paires. Les danseurs, des hommes, portent un masque sculpté posé au sommet de la tête, avec un visage féminin serein surmonté de scènes très variées : animaux, scènes de marché, instruments de musique, et au fil du temps cyclistes, soldats, avions ou fonctionnaires coloniaux. Leur costume imite le corps d'une femme, avec seins et fessiers rembourrés, et la danse, faite de pas rapides et précis au rythme des tambours, doit être à la fois élégante et rigoureuse pour plaire aux mères.

Le spectacle a lieu chaque année après les récoltes, mais aussi lors de funérailles importantes ou en cas de sécheresse et d'épidémie, quand il faut s'assurer la bienveillance des forces invisibles. Babatunde Lawal a montré que Gelede est aussi une forme d'éducation publique : l'art, l'humour et la musique y servent à entretenir l'harmonie sociale et à rappeler que la société repose sur le respect dû aux femmes. Le fait que ce soient des hommes qui dansent en l'honneur des femmes rappelle d'autres mascarades africaines, comme le masque Mwana Pwo des Chokwe d'Afrique centrale.

Les traditions orales recueillies par Henry et Margaret Drewal, qui ont étudié Gelede sur le terrain à partir de la fin des années 1960, en attribuent l'invention au royaume de Kétou, sans doute dans la seconde moitié du XVIIIe siècle. Gelede a été proclamé chef-d'œuvre du patrimoine oral et immatériel de l'humanité par l'UNESCO en 2001, sur candidature conjointe du Bénin, du Nigeria et du Togo, puis inscrit sur la Liste représentative en 2008. Son mode de transmission, fondé sur l'apprentissage auprès des aînés et les commandes aux sculpteurs, reste fragile face à l'urbanisation et à l'essor des Églises évangéliques, et une partie importante des masques anciens se trouve aujourd'hui dans les musées occidentaux.

Attributs

  • masques sculptés portés sur la tête
  • costumes colorés
  • danse et chant collectifs

Généalogie

Entités liées
Zangbeto

Culte contemporain

Inscrit au patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO en 2008. Pratiqué au Nigeria, au Bénin et au Togo.

Tags

Sources

  • Drewal, H.J. & Drewal, M.T. (1983). Gelede: Art and Female Power among the Yoruba
  • UNESCO (2008). Gelede oral heritage - inscription au patrimoine immatériel
  • Lawal, B. (1996). The Gèlèdé Spectacle: Art, Gender, and Social Harmony in an African Culture

À lire aussi