Ala

Divinité

Aussi connu·e sous : Ani, Anị

Igbo

Déesse de la terre chez les Igbo, gardienne de la fertilité, de la moralité publique et de la loi coutumière. Les violations graves de la morale sociale sont traditionnellement dites 'souiller la terre d'Ala'.

  • terre
  • fertilité
  • moralité
  • loi coutumière

En détail

Ala, que l'on appelle aussi Ani selon les parlers, est la terre divinisée des Igbo du sud-est du Nigeria. Chukwu occupe en théorie le sommet de leur univers religieux, mais c'est elle que l'on rencontre au quotidien : chaque village ou groupe de villages entretient son sanctuaire, et c'est en son nom que se tranchaient les grandes affaires de la communauté. Elle réunit deux choses que la pensée igbo tient pour inséparables : la fécondité du sol et des femmes d'un côté, l'ordre moral de l'autre. Les morts sont d'ailleurs enterrés dans son sein, si bien que la terre qui nourrit les vivants abrite aussi les ancêtres.

Les lois d'Ala forment ce que les Igbo nomment omenala, littéralement « ce qui se fait sur la terre », c'est-à-dire la coutume. Certains actes (le meurtre d'un membre de la communauté, l'inceste, le suicide, certains vols) sont des nso ala, des interdits de la terre, dont la violation devient une abomination (alu ou aru) qui souille le sol et menace tout le groupe. Il ne suffit pas alors de punir le coupable : des rites de purification, dirigés par le prêtre d'Ala, doivent rétablir l'équilibre avec la terre. Chinua Achebe a rendu cette logique familière à des millions de lecteurs dans Things Fall Apart (1958) : Okonkwo y est sanctionné pour avoir battu son épouse pendant la « semaine de la paix » consacrée à la déesse, puis exilé sept ans après avoir tué accidentellement un jeune homme, un crime contre la terre même s'il est involontaire.

La forme la plus spectaculaire de son culte est le mbari des Igbo de la région d'Owerri. Lorsqu'une communauté traversait une crise (épidémie, mauvaises récoltes, naissances trop rares), la divinité pouvait réclamer par la voix d'un devin la construction d'une maison ouverte peuplée de dizaines de figures d'argile peintes, grandeur nature : Ala elle-même, souvent assise avec un enfant sur les genoux, entourée d'autres divinités, d'animaux, de scènes de la vie quotidienne et même de personnages nouveaux comme des fonctionnaires coloniaux. Des bâtisseurs choisis vivaient reclus pendant des mois pour accomplir ce travail, conçu comme un sacrifice. Une fois inauguré, le mbari n'était jamais entretenu : l'historien de l'art Herbert Cole a montré que sa lente dégradation sous la pluie faisait partie du sens de l'œuvre, rendue à la terre dont elle était sortie.

L'association d'un créateur céleste lointain et d'une terre divinisée proche des hommes rappelle d'autres systèmes ouest-africains, comme le couple Nyame et Asase Yaa chez les Akan. La christianisation massive du pays igbo au XXe siècle a fait reculer les sanctuaires d'Ala et les mbari se font rares, mais le vocabulaire moral qu'elle fonde (omenala, alu) reste vivant dans la langue et dans les débats sur l'identité culturelle igbo.

Attributs

  • sanctuaires de terre (mbari)
  • association aux ancêtres enterrés dans le sol

Généalogie

Conjoint·es
Amadioha
Entités liées
Asase Yaa

Notes

Figure centrale du système judiciaire coutumier igbo précolonial, où l'appel à Ala servait de fondement à la sanction morale communautaire.

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Sources

  • Uchendu, V.C. (1965). The Igbo of Southeast Nigeria
  • Cole, H.M. & Aniakor, C.C. (1984). Igbo Arts: Community and Cosmos
  • Cole, H.M. (1982). Mbari: Art and Life among the Owerri Igbo

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