Zangbeto

Rite

Aussi connu·e sous : Zangbéto

Gun · Ogu (Egun)

Société de masques des Gun du sud du Bénin, également présente au Togo et chez les Ogu (ou Egun) de Badagry, au Nigeria, dont les membres assurent la surveillance de la communauté pendant la nuit. Le nom associe zan, « la nuit », à gbeto, rendu par « homme » ou « chasseur » selon les auteurs. Ses masques, de hauts cônes de raphia, passent pour des esprits et non pour des hommes déguisés, et se produisent aussi lors de fêtes publiques.

  • sécurité nocturne
  • maintien de l'ordre
  • médiation des conflits
  • protection de la communauté

En détail

Le Zangbeto est à la fois un groupe, une institution et un mode de vie, dont le masque est la forme visible : c'est ainsi que le définit la chercheuse nigériane Folashade Hunsu, qui l'a étudié à Badagry, ville côtière de l'État de Lagos peuplée en grande partie d'Ogu, le nom donné au Nigeria aux Gun. Le masque est un grand cône de fibres de raphia, souvent teintes de couleurs vives, qui recouvre entièrement celui qui le porte. Ses sorties sont annoncées par un bourdonnement caractéristique. Selon Hunsu, les masques sont tenus pour des esprits d'ancêtres dotés de pouvoirs surnaturels.

La tradition rapportée à Badagry fait remonter l'institution à un homme poursuivi par ses ennemis, qui dut quitter sa ville de nuit sans être vu. Il se couvrit de feuilles sèches et de raphia et produisit des sons effrayants avec des cornes d'animaux, parvint à s'échapper, puis fonda une localité nommée Hugbonu, nom qui rappelle Hogbonou, le nom gun de Porto-Novo. Il y fit vêtir ses hommes de la même manière pour qu'ils veillent la nuit sur le nouvel établissement. Une autre explication, plus historique, relie l'apparition du Zangbeto au milieu du XIXe siècle, quand Badagry, port de la traite atlantique et débouché des routes de l'intérieur, devait se protéger de voisins puissants.

L'enquête menée à Badagry en 2012 par les sociologues Rashidi Okunola et Matthias Ojo décrit une organisation précise. Chacun des huit quartiers de la ville a son groupe, dirigé par un zanga, et les groupes se prêtent main-forte pendant les rondes. Les voleurs arrêtés la nuit sont remis à la police nigériane. On attribue aussi au Zangbeto le pouvoir de neutraliser les personnes accusées de sorcellerie, de faire prêter serment aux suspects pour établir leur innocence et de bannir les fauteurs de troubles. Dans les conflits, le roi peut envoyer le zanga en médiateur ; si les parties refusent de s'entendre, le Zangbeto est conduit devant leurs maisons, où elles ne peuvent plus entrer avant d'avoir réglé l'affaire au palais. Les sorties de jour portent le nom de klegbeto. Les membres sont des hommes d'au moins dix-huit ans, initiés de nuit dans un lieu appelé avari où ils prêtent serment. Les femmes sont exclues des rondes, mais une responsable, l'omadato, coordonne leur participation aux chants et aux fêtes.

Lors des cérémonies publiques, le Zangbeto tourne sur lui-même à grande vitesse, semble rapetisser puis grandir, et ses membres font des démonstrations présentées comme des preuves de pouvoir : marcher sur l'eau, avaler du verre, changer de l'eau en vin de palme. Il est interdit d'approcher le masque chaussé, et les enfants ne doivent pas imiter son bourdonnement. Hunsu montre que l'institution s'est adaptée à la ville moderne en combinant police de proximité, médiation et art oral ; beaucoup de membres se disent chrétiens ou musulmans et présentent le Zangbeto comme un service rendu à la communauté plutôt que comme une religion. Okunola et Ojo le rangent, avec l'Egungun et le Gelede, parmi les institutions masquées de la région qui protègent la communauté contre les forces malfaisantes.

Attributs

  • costume conique en raphia teint
  • cornes d'animaux
  • bourdonnement nocturne
  • danse tournoyante

Généalogie

Entités liées
Egungun, Gelede

Culte contemporain

Les groupes Zangbeto restent actifs à Badagry, où ils patrouillent la nuit et collaborent avec la police, ainsi que dans le sud du Bénin et au Togo, où leurs masques paraissent lors des fêtes publiques.

Notes

Le second élément du nom, gbeto, est traduit tantôt par « homme, personne », tantôt par « chasseur ». À Porto-Novo, des récits locaux nomment Tè-Agbanlin, fondateur du royaume de Hogbonou après une querelle de succession à Allada, comme l'inventeur du masque ; certaines présentations en ligne datent aussi sa première apparition de 1833 sous le roi Toffa, ce qui est incompatible avec le règne de ce dernier (1874-1908). Les études savantes consultées portent sur les Gun et les Ogu ; l'extension souvent affirmée du Zangbeto aux Fon et à l'ensemble de la côte béninoise et togolaise n'y est pas documentée en détail.

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Sources

  • Hunsu, F. (2011). Zangbeto: Navigating the Spaces between Oral Art, Communal Security and Conflict Mediation in Badagry, Nigeria
  • Okunola, R.A. & Ojo, M.O.D. (2013). Zangbeto: The Traditional Way of Policing and Securing the Community among the Ogu (Egun) People in Badagry, Nigeria. Issues in Ethnology and Anthropology, 8(1)

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