Egungun
RiteYoruba
Tradition de mascarade rituelle yoruba honorant les ancêtres collectifs du lignage, où des initiés masqués et costumés incarnent temporairement les esprits des morts lors de cérémonies publiques et de festivals annuels.
- ancestralité
- mascarade
- mémoire collective
En détail
Egungun désigne à la fois les mascarades des Yoruba (Nigeria, Bénin, Togo) qui font revenir les ancêtres parmi les vivants et la société d'initiés qui les organise. Le mot renvoie aux ancêtres eux-mêmes, que l'on appelle aussi familièrement « pères ». Lors des fêtes annuelles ou des funérailles importantes, des hommes entièrement dissimulés sous des costumes d'étoffe sortent dans les rues : on ne dit pas qu'ils représentent les morts, mais que les morts reviennent à travers eux. La tradition réunit ainsi religion, mémoire familiale, contrôle social et spectacle, et elle compte parmi les institutions les plus visibles de la vie yoruba.
Le costume est construit pour effacer toute trace de l'homme qui le porte : couches de tissus précieux cousus en panneaux, filet devant le visage, mains et pieds couverts. Quand le masque tourne sur lui-même, les panneaux s'envolent et dégagent, dit-on, un souffle bienfaisant venu de l'autre monde. L'egungun parle d'une voix gutturale et déformée, bénit les descendants de son lignage, donne des nouvelles des défunts. Nul non-initié ne doit le toucher, et les femmes en particulier doivent s'en tenir à distance, un contact étant jugé réellement dangereux. Les femmes ne sont pas pour autant absentes du culte : une dignitaire, l'Ìyá Àgan, y tient une charge rituelle importante, et plusieurs récits attribuent l'origine des mascarades à Ọya.
Il existe de nombreux types de masques. Certains, anciens et redoutés, sont liés au jugement et à l'exécution de sanctions communautaires. D'autres, comme les masques de guerre, s'attachent à l'histoire d'une ville. D'autres encore sont faits pour divertir. À Ọ̀yọ́, capitale de l'ancien empire, le culte était hiérarchisé autour de dignitaires comme l'Alápínni, et c'est de troupes itinérantes de masques apidan, acrobates, mimes et satiristes, qu'est né selon l'historien Joel Adedeji le théâtre alarinjo, ancêtre direct du théâtre populaire yoruba du XXe siècle.
La tradition a traversé l'Atlantique. Sur l'île d'Itaparica, près de Salvador de Bahia, des maisons de culte perpétuent depuis le XIXe siècle les Babá Egum, dans un culte distinct de celui des orisha. Au Bénin, les « revenants » sortent chaque année dans les villes du sud comme Porto-Novo ou Ouidah. Egungun est souvent mis en regard de Gelede, autre grande mascarade yoruba centrée, elle, sur le pouvoir des mères : l'une honore la lignée des ancêtres, l'autre cherche à s'attirer la bienveillance des femmes âgées, et les deux coexistent dans bien des villes.
Attributs
- costume élaboré recouvrant intégralement le corps
- danse rituelle
Généalogie
- Entités liées
- Zangbeto
Culte contemporain
Pratiqué au Nigeria, au Bénin et au Togo ; certaines formes ont voyagé dans la diaspora, notamment à Cuba et au Brésil (Egungun/Babá Egum).
Tags
Sources
- Drewal, H.J. & Drewal, M.T. (1983). Gelede: Art and Female Power among the Yoruba (contexte comparatif)
- Lawal, B. (1996). The Gèlèdé Spectacle: Art, Gender, and Social Harmony in an African Culture
- Babayemi, S.O. (1980). Egungun among the Oyo Yoruba
- Drewal, H.J. (1978). The Arts of Egungun among Yoruba Peoples. African Arts, 11(3)