Zombi

Créature

Aussi connu·e sous : Zombie

Haïtiens (vodou)

Dans la tradition vodou haïtienne d'origine, personne dont l'âme a été capturée et le corps asservi par un bokor (sorcier), la privant de volonté propre. Une figure liée aux angoisses historiques de l'esclavage, très différente du monstre dévoreur de chair popularisé par le cinéma occidental.

  • esclavage
  • perte de volonté
  • sorcellerie

En détail

Le zombi du vodou haïtien n'a presque rien à voir avec le mort affamé du cinéma d'horreur. C'est une personne que l'on croit morte et enterrée, puis tirée de sa tombe par un bokor qui garde son âme captive : privée de volonté, elle est réduite à travailler pour lui. La figure repose sur la conception haïtienne d'une âme double, le gwo bon anj et le ti bon anj, et les folkloristes Hans-W. Ackermann et Jeanine Gauthier distinguent deux types de zombis, celui du corps, le mort-vivant asservi, et celui de l'âme, un fragment spirituel capturé que l'on peut enfermer, dit-on, dans une bouteille et employer à des fins magiques. Ils rattachent cette notion à des croyances d'Afrique centrale et équatoriale.

La crainte est prise au sérieux jusque dans le droit haïtien : l'article 246 du Code pénal qualifie de tentative de meurtre l'emploi de substances provoquant une léthargie prolongée sans causer la mort, et d'assassinat si la victime a été enterrée. Le cas le plus célèbre est celui de Clairvius Narcisse, déclaré mort à l'hôpital Albert-Schweitzer de Deschapelles en mai 1962 et enterré, qui réapparut en 1980 dans son village en affirmant avoir été exhumé et contraint de travailler dans une plantation sucrière. L'ethnobotaniste Wade Davis y a vu l'effet d'une poudre contenant de la tétrodotoxine, capable de plonger la victime dans un état proche de la mort ; ses conclusions toxicologiques ont été vivement contestées.

En 1997, le psychiatre et anthropologue Roland Littlewood et le médecin haïtien Chavannes Douyon ont examiné trois personnes reconnues par leurs familles comme des zombis. Ils ont trouvé une schizophrénie catatonique, des lésions cérébrales et un handicap mental, et les analyses génétiques ont montré que deux d'entre elles n'étaient pas les parents défunts qu'on croyait retrouver. Leur conclusion : beaucoup d'identifications reposent sur des personnes errantes malades, reconnues par des familles en deuil.

La charge historique de la figure tient à la peur d'un esclavage qui ne cesserait pas même avec la mort. L'occupation américaine d'Haïti, de 1915 à 1934, a fait connaître le zombi aux États-Unis, notamment par le livre de William Seabrook The Magic Island (1929) puis par le film White Zombie (1932), point de départ d'une longue carrière cinématographique qui a fini par effacer le sens haïtien de la figure.

Attributs

  • absence de volonté propre
  • état de transe permanent

Généalogie

Entités liées
Vodou haïtien

Culte contemporain

La figure a été radicalement transformée par la culture populaire occidentale (cinéma d'horreur depuis les années 1930), au point d'effacer largement son sens d'origine.

Notes

La figure d'origine porte une charge historique liée à la peur de l'esclavage perpétuel, y compris après la mort, plutôt qu'à l'horreur corporelle qui domine ses adaptations occidentales ultérieures.

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Sources

  • Davis, W. (1985). The Serpent and the Rainbow
  • Ackermann, H.W. & Gauthier, J. (1991). The Ways and Nature of the Zombi
  • Littlewood, R. & Douyon, C. (1997). Clinical findings in three cases of zombification

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