Nongqawuse
HérosXhosa
Jeune prophétesse xhosa dont les visions annoncèrent en 1856 qu'un sacrifice massif du bétail et des récoltes du peuple xhosa provoquerait la résurrection des ancêtres et l'expulsion des colons britanniques. Le mouvement qu'elle inspira eut des conséquences catastrophiques.
- prophétie
- sacrifice
- catastrophe collective
En détail
Nongqawuse (vers 1841-1898) est la jeune Xhosa dont les visions déclenchèrent, en 1856-1857, le grand abattage du bétail qui ravagea le pays xhosa, dans l'actuelle province du Cap-Oriental. Orpheline, elle vivait chez son oncle Mhlakaza, un conseiller proche de l'entourage du roi gcaleka Sarhili. Son nom est resté attaché à l'une des pires catastrophes de l'histoire sud-africaine, au point d'être parfois employé comme synonyme de fausse prophétie. Cet usage laisse de côté l'essentiel : une adolescente d'environ quinze ans, dont les paroles ont été relayées, interprétées et amplifiées par des adultes et des chefs.
En avril 1856, Nongqawuse était partie chasser les oiseaux des champs de son oncle près de l'embouchure de la Gxarha, avec une fillette plus jeune, Nombanda. À son retour, elle raconta avoir rencontré des étrangers qui se présentaient comme des ancêtres morts depuis longtemps. Leur message, transmis par Mhlakaza, annonçait que les morts reviendraient, qu'un bétail neuf et sain sortirait de terre et que les Britanniques seraient rejetés à la mer, à condition que les Xhosa tuent leurs bêtes, détruisent leurs réserves de grain et renoncent à la sorcellerie. Nongqawuse ne parlait pas elle-même au public : c'est Mhlakaza qui porta la prophétie jusqu'à Sarhili, et c'est l'adhésion du roi qui lui donna sa force.
La part de l'oncle fait débat. Jeff Peires l'a identifié à Wilhelm Goliat, un ancien serviteur de l'archidiacre anglican Merriman à Grahamstown, ce qui expliquerait les accents chrétiens de la prophétie, avec sa résurrection des morts. Sheila Boniface Davies a contesté cette identification en 2007, et la question reste ouverte. D'autres lectures voient en Nongqawuse l'instrument de chefs ou de conseillers, ou au contraire une voyante sincère portée par la détresse de son peuple. Aucune ne peut s'appuyer sur un témoignage direct et détaillé de sa part.
Après l'échec des prophéties, elle fut arrêtée par les autorités coloniales, détenue un temps à Robben Island, puis vécut dans une ferme du district d'Alexandria, dans l'Est du Cap, où elle mourut en 1898. Son histoire a nourri une abondante production littéraire et théâtrale en Afrique du Sud, dont le roman The Heart of Redness de Zakes Mda (2000), qui suit les descendants des croyants et des incrédules de 1856. Le déroulement du mouvement et ses conséquences sont traités dans la fiche consacrée au sacrifice du bétail xhosa.
Récits associés
Notes
Figure profondément tragique dont l'interprétation historique reste débattue (naïveté, manipulation par des tiers, ou réponse désespérée à la pression coloniale et à une épizootie bovine réelle) ; à traiter avec la gravité que requiert un événement ayant causé la mort par famine d'une large partie du peuple xhosa.
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Sources
- Peires, J.B. (1989). The Dead Will Arise: Nongqawuse and the Great Xhosa Cattle-Killing Movement of 1856-7
- Stapleton, T.J. (1991). Reluctant Slaughter, Refugee Nation
- Davies, S.B. (2007). Raising the Dead: The Xhosa Cattle-Killing and the Mhlakaza-Goliat Delusion