Le mouvement du sacrifice du bétail xhosa (1856-1857)

Récit

Xhosa

Épisode historique et prophétique au cours duquel des dizaines de milliers de Xhosa, suivant les visions de Nongqawuse, sacrifièrent leur bétail et détruisirent leurs récoltes dans l'attente d'une résurrection ancestrale promise qui ne survint jamais, provoquant une famine dévastatrice.

  • prophétie
  • sacrifice collectif
  • famine

En détail

Entre avril 1856 et le début de 1858, une grande partie des Xhosa de la frontière orientale du Cap abattirent leur bétail et détruisirent leurs récoltes, dans l'espoir que se réalisent les prophéties de Nongqawuse : le retour des ancêtres, la venue d'un bétail nouveau et le départ des colons britanniques. Plusieurs centaines de milliers de têtes de bétail furent tuées. Dans une société où le troupeau constituait à la fois la richesse, la nourriture, la monnaie des mariages et le lien avec les ancêtres, ce sacrifice revenait à tout miser sur la promesse d'un monde renouvelé.

Le mouvement ne se comprend qu'à la lumière des années qui l'ont précédé. Les Xhosa sortaient de la guerre de Mlanjeni (1850-1853), perdue contre les Britanniques, et avaient déjà vu une grande partie de leurs terres annexées à la colonie sous le nom de Cafrerie britannique. Depuis 1854, une épizootie de péripneumonie bovine, probablement introduite avec du bétail européen, décimait les troupeaux. Des rumeurs circulaient sur les « Russes », en guerre contre la Grande-Bretagne en Crimée, que l'on imaginait comme des alliés noirs venus par la mer. La prophétie répondait donc à une crise à la fois militaire, économique et sanitaire. Une fois que le roi gcaleka Sarhili l'eut soutenue, la société se divisa entre les croyants, les amathamba (« les tendres »), et une minorité d'incrédules, les amagogotya (« les durs », ou « les avares »), qui refusaient d'abattre leurs bêtes. Chaque date annoncée pour la résurrection, dont le 18 février 1857, jour où le soleil devait se lever rouge sang avant que les morts ne se relèvent, passa sans rien apporter ; les partisans de la prophétie en rejetèrent la responsabilité sur ceux qui n'avaient pas obéi.

La famine qui suivit fit environ 40 000 morts selon Jeff Peires. En Cafrerie britannique, la population passa d'environ 105 000 personnes à moins de 27 000 entre la mort, la dispersion et les départs vers la colonie. Le gouverneur George Grey exploita la situation : l'aide aux affamés fut conditionnée à la signature de contrats de travail dans la colonie du Cap, et les terres vidées furent attribuées à des colons européens. Pour Peires, l'abattage du bétail marque la fin de l'indépendance politique des Xhosa de l'ouest et leur entrée forcée dans l'économie coloniale comme main-d'œuvre salariée.

L'événement a longtemps été raconté comme un exemple de crédulité collective, voire, dans une thèse populaire en pays xhosa, comme un complot organisé par Grey lui-même. Les historiens le lisent aujourd'hui comme un mouvement millénariste, comparable à d'autres réponses religieuses à la conquête coloniale, dans lequel se mêlaient croyances ancestrales xhosa et motifs chrétiens de résurrection. La mémoire en reste vive et divisée : dans certaines familles, descendre d'un croyant ou d'un incrédule garde encore une signification.

Généalogie

Entités liées
Nongqawuse

Notes

Cet épisode reste l'un des événements les plus étudiés et les plus douloureux de l'histoire xhosa, souvent interprété a posteriori à la lumière de la pression coloniale croissante subie par le peuple xhosa à cette époque plutôt que comme un simple épisode de crédulité collective.

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Sources

  • Peires, J.B. (1989). The Dead Will Arise: Nongqawuse and the Great Xhosa Cattle-Killing Movement of 1856-7
  • Stapleton, T.J. (1991). Reluctant Slaughter, Refugee Nation
  • Davies, S.B. (2007). Raising the Dead: The Xhosa Cattle-Killing and the Mhlakaza-Goliat Delusion

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