Espiritismo
RitePortoricains
Pratique spirite populaire portoricaine mêlant le spiritisme kardéciste européen à des éléments religieux africains et indigènes taïnos, centrée sur la communication avec les esprits des morts via des médiums pour obtenir conseil, guérison ou protection.
- communication avec les morts
- guérison
- médiumnité
En détail
L'espiritismo portoricain est un ensemble de pratiques de communication avec les esprits des morts, issu du spiritisme codifié en France par Allan Kardec au milieu du 19e siècle mais profondément réinterprété dans l'île. Il y constitue l'une des formes religieuses les plus répandues, pratiquée à Porto Rico comme dans la diaspora new-yorkaise, souvent à côté d'une appartenance catholique ou protestante. Il compte parce qu'il montre comment une doctrine européenne savante a été absorbée par la religion populaire caribéenne, jusqu'à se mêler à des héritages africains.
Les écrits de Kardec arrivent à Porto Rico sous la domination espagnole. Une première séance est attestée à San Juan en 1856, une première communauté spirite à Mayagüez en 1871, une première société en 1879. L'Église catholique et les autorités coloniales y étaient hostiles : les spirites se voyaient refuser le mariage religieux et l'inhumation dans les cimetières catholiques. Le spiritisme attira pourtant une partie de l'élite libérale, séduite par ses idéaux d'égalité et de progrès, et devint une manière discrète de s'opposer au régime espagnol. Après l'occupation américaine de 1898, il gagna une reconnaissance publique ; une fédération des spirites fut fondée en 1903, et l'homme politique Rosendo Matienzo Cintrón compta parmi ses figures en vue.
L'espiritismo couvre aujourd'hui un large éventail. À un pôle, un spiritisme d'inspiration kardéciste, plus philosophique, dit de mesa blanca (« table blanche »). À l'autre, un espiritismo populaire qui accueille saints catholiques, esprits de défunts et entités d'origine africaine, et qui se rapproche encore de la santería cubaine dans la forme que certains chercheurs appellent santerismo, étudiée notamment par Andrés Pérez y Mena chez les Portoricains des États-Unis. La guérison y tient une place centrale : le médium cherche la « causa » d'un trouble, souvent attribuée à un esprit, puis la traite par la prière, par la réconciliation avec le défunt ou en persuadant l'esprit de s'en aller.
À New York, les centros spirites et les botánicas, boutiques d'articles religieux, jalonnent les quartiers portoricains. Les ethnographes y ont vu un lieu de sociabilité qui, pour des migrants, remplit une partie des fonctions d'une association de quartier, voire un point d'appui pour des mobilisations collectives. Les racines africaines de l'espiritismo sont moins visibles que dans la santería ou le vodou, et leur part exacte reste discutée ; les rapprochements les plus clairs se trouvent dans le codex du côté des orisha, comme Yemaya, que l'espiritismo populaire côtoie à New York.
Généalogie
- Entités liées
- Santería (Regla de Ocha), Umbanda
Culte contemporain
Pratiqué couramment à Porto Rico et dans sa diaspora (notamment à New York), souvent en parallèle d'une pratique catholique ou évangélique déclarée, sans contradiction perçue par les praticiens eux-mêmes.
Notes
Bien que ses racines africaines soient moins immédiatement visibles que dans la santería ou le vodou (le cadre européen kardéciste étant plus apparent en surface), l'espiritismo intègre des éléments de possession et de communication ancestrale directement hérités des traditions religieuses africaines apportées par les personnes réduites en esclavage à Porto Rico.
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Sources
- Romberg, R. (2003). Witchcraft and Welfare: Spiritual Capital and the Business of Magic in Modern Puerto Rico
- Pérez y Mena, A.I. (1991). Speaking with the Dead: Development of Afro-Latin Religion among Puerto Ricans in the United States
- Schmidt, B.E. (2006). The Power of the Spirits: The Formation of Identity based on Puerto Rican Spiritism