Mwiri
RiteAussi connu·e sous : Mweli, Mwei, Moiri, Mouiri
Punu · Mitsogo · autres peuples du sud et du centre du Gabon
Le Mwiri est une société initiatique masculine du sud et du centre du Gabon, attestée dès le milieu du XIXe siècle chez les Punu et les Mitsogo. Elle fait des garçons des hommes, leur impose le secret et un serment, et exerçait une fonction de police : rechercher et punir voleurs, meurtriers et sorciers, mais aussi protéger les ressources de la brousse. Les initiés portent sur le bras gauche une marque scarifiée qui les engage.
- initiation masculine
- secret et serment
- justice et ordre social
- protection des ressources naturelles
En détail
Le Mwiri est l'une des grandes sociétés masculines du sud du Gabon. L'explorateur Paul du Chaillu le trouve déjà bien établi chez les Punu et les Mitsogo lors de ses voyages de 1855 à 1865, et l'anthropologue Julien Bonhomme le décrit comme très répandu dans les groupes linguistiques du sud du pays. Sa première fonction est celle d'un rite de puberté : faire des hommes à partir de garçons. Elle se double d'un rôle de gardien de l'ordre coutumier, d'où la crainte qu'il inspirait, surtout aux femmes, à qui ses secrets sont interdits.
Le Mwiri se présente aux non-initiés comme un être redoutable, une sorte de grand saurien aquatique selon les récits recueillis par Louis Perrois et Charlotte Grand-Dufay, dont on entend la voix gutturale autour du village. Le mythe d'origine rapporté par Bonhomme veut que des femmes parties à la pêche l'aient découvert les premières, avant que les hommes ne s'en emparent et ne leur en interdisent l'accès. L'initiation commence par une séparation brutale : les novices (mbuna) sont conduits dans un enclos en forêt, frappés en passant entre deux rangs d'initiés, puis scarifiés au bras gauche, au poignet et au coude. Au terme de l'initiation, ils accèdent au secret du Mwiri et jurent de ne jamais le révéler. Selon Bonhomme, ce serment donne ensuite à l'initié le pouvoir de jurer, promettre ou maudire en frappant sa scarification et en prononçant une formule comme « mwiri ! » ou « mangongo ! ». Chez les Punu, d'après Perrois et Grand-Dufay, la formation pouvait durer plus d'une année et comprenait plusieurs grades ; l'initié recevait au bras gauche une marque (dikimba) en forme d'oméga renversé et, au poignet, une autre qui imitait une écaille du caïman censé « avaler » quiconque violait les lois du Mwiri.
La société jouait aussi le rôle d'un tribunal. Un rapport colonial de 1936, cité par l'abbé André Raponda-Walker, la décrit comme une « police secrète » chargée de punir meurtres et vols. Bonhomme mentionne des ordalies, dont une épreuve du poison (mbondo), pour désigner les auteurs de vols, d'adultères ou d'actes de sorcellerie. Le même rapport souligne un rôle de protection de l'environnement : quand le gibier, le poisson ou les fruits se raréfiaient, le Mwiri mettait une portion de brousse en réserve pendant deux ou trois ans. Il veillait aussi à la propreté des sentiers et des points d'eau.
Le Mwiri se rattache à tout un réseau d'institutions voisines. Chez les Mitsogo, son initiation est un préalable pour progresser dans le bwete, la tradition initiatique dont procède le bwiti (voir sa fiche). Perrois et Grand-Dufay citent comme équivalents locaux le yasi des Galwa et des Enenga, groupes myene du moyen Ogooué, et le baya des Lumbu ; chez les Fang, plus au nord, le Ngil remplissait une fonction de contrôle social comparable. Les auteurs constatent que le Mwiri a perdu une grande part de son poids sociopolitique dans les villages, même si Bonhomme observe que des hommes de la ville s'y font initier à l'âge adulte, souvent après le bwete, au nom de l'idée qu'on ne peut être un vrai homme sans le Mwiri.
Attributs
- scarifications du bras gauche (dikimba, makembe)
- caïman ou saurien aquatique
- voix du Mwiri entendue autour du village
- enclos initiatique en forêt
- ordalie du poison (mbondo)
Généalogie
Culte contemporain
Le Mwiri subsiste au Gabon, mais avec une influence réduite : selon Perrois et Grand-Dufay (2008), seule une minorité des villageois punu en fait encore partie. Bonhomme (2005) relève que des hommes vivant en ville s'y font initier à l'âge adulte, souvent après être entrés dans le bwete.
Notes
Le nom recevrait plusieurs interprétations : Perrois et Grand-Dufay, citant Daney (1924), le traduisent par « diriger » ; aucune autre source ne confirme cette étymologie. Les mythes et les grades décrits varient selon les peuples : la description de Bonhomme porte surtout sur les Mitsogo, celle de Perrois et Grand-Dufay sur les Punu. La présence du Mwiri chez les Nzebi n'est attestée que par des sources non académiques (Wikipédia) ; chez les Myene, les sources parlent d'un équivalent, le yasi des Galwa et des Enenga, plutôt que du Mwiri lui-même. Les sources anciennes, souvent missionnaires ou coloniales, évoquent des sacrifices humains ou des mises à mort de femmes ayant surpris les secrets ; ces affirmations, reprises par Perrois et Grand-Dufay, sont difficiles à vérifier.
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Sources
- Bonhomme, J. (2005). Le miroir et le crâne. Parcours initiatique du Bwete Misoko (Gabon), chapitre X « Mwiri : l'assermentation de la parole ». CNRS Éditions / Éditions de la Maison des sciences de l'homme
- Perrois, L. et Grand-Dufay, C. (2008). Punu. Continents Éditions / Musée royal de l'Afrique centrale (Visions d'Afrique)
- Raponda-Walker, A. et Sillans, R. (1962). Rites et croyances des peuples du Gabon. Présence Africaine
