Le partage du monde entre Faro et Pemba

Récit

Bambara

Récit cosmogonique bambara narrant comment Pemba, agissant seul et dans le désordre, façonne prématurément la terre, provoquant un chaos que la divinité Faro doit ensuite réparer en instaurant l'ordre, la parole et les règles sociales fondatrices.

  • création
  • ordre et désordre
  • fondation sociale

En détail

Ce récit est le cœur de la cosmogonie des Bambara (Bamana) du Mali, telle que l'ethnologue Germaine Dieterlen l'a recueillie auprès de spécialistes religieux bambara et publiée en 1951. Il raconte comment le monde, d'abord créé dans la précipitation et le désordre, a été remis en ordre, et il fournit du même coup une explication à l'organisation de la société, aux rites d'initiation et à la place de chacun. On ne le trouve pas sous une forme unique : c'est un ensemble d'épisodes que les initiés apprenaient par étapes.

Au commencement, le dieu suprême se manifeste sous la forme de Pemba, une graine d'où pousse un acacia. De son bois pourri naît Mousso Koroni Koundyé, la première femme, qui engendre les plantes, les animaux et les humains, mais dans la hâte et la confusion. Elle entre en conflit avec Pemba, livre aux hommes une part de la pensée divine qui ne leur était pas destinée, puis s'enfuit, prise d'une folie sanglante, poursuivie par Pemba et par Faro ; ses errances répandent l'impureté partout où elle passe. Faro, la divinité de l'eau, de la lumière et de la parole, intervient alors pour ordonner la création : il assigne à chaque être son lieu et son rang, fixe les règles et devient le protecteur des humains. Dans la variante malinké de Kangaba, le conflit oppose directement deux jumeaux, Pemba et Faro, et c'est le sacrifice de Faro suivi d'un déluge qui purifie la terre.

Le récit a une portée sociale directe. Selon Dieterlen, c'est Mousso Koroni qui a institué la circoncision et l'excision, ce qui fait de l'étoile Sirius, à laquelle elle est associée, l'étoile de la circoncision chez les Bambara comme chez les Dogon. Dominique Zahan en donne une autre lecture : chaque enfant naît androgyne, et la circoncision retire au garçon sa part féminine pour l'orienter vers le mariage et l'ouvrir à la connaissance. Après ce passage, le jeune homme peut entrer dans le Komo puis dans les autres sociétés d'initiation, qui lui transmettent pas à pas le savoir sur l'origine du monde.

Deux précautions s'imposent. Ces récits, recueillis et mis en forme par l'école de Marcel Griaule au milieu du 20e siècle, ont une cohérence que certains chercheurs jugent en partie construite par les enquêteurs eux-mêmes. Quant aux justifications religieuses de l'excision qu'ils contiennent, elles relèvent de l'histoire des idées : la pratique est aujourd'hui combattue par de nombreuses organisations maliennes et internationales pour ses conséquences sur la santé et les droits des femmes.

Généalogie

Entités liées
Faro, Pemba

Notes

Ce récit sert de fondement mythologique aux sociétés d'initiation bambara (N'domo, Komo), où sa réactualisation rituelle structure le passage des initiés.

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Sources

  • Dieterlen, G. (1951). Essai sur la religion bambara
  • Zahan, D. (1960). Sociétés d'initiation bambara: le N'domo, le Korè
  • Dieterlen, G. (1957). The Mande Creation Myth
  • Zahan, D. (1987). Bambara Religion
  • Griaule, M. & Dieterlen, G. (1950). Un système soudanais de Sirius

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