Poro
RiteMende · Temne
Société d'initiation masculine influente en Sierra Leone et au Liberia, encadrant l'éducation traditionnelle, le passage à l'âge adulte et certaines fonctions judiciaires et politiques communautaires, à travers un savoir gradué tenu secret des non-initiés.
- initiation
- éducation traditionnelle
- autorité communautaire
En détail
Le Poro est une société d'initiation masculine répandue en Sierra Leone, au Liberia et dans les régions voisines de Guinée et de Côte d'Ivoire, notamment chez les Mende, les Kpelle, les Gola, les Vai et une partie des Temne. Tout homme de ces sociétés est censé y entrer : l'initiation marque le passage à l'âge adulte, et celui qui n'est pas passé par le Poro reste, aux yeux de la communauté, un enfant. Mais le Poro est bien plus qu'un rite de passage. Il fonctionne comme une institution de gouvernement, qui encadre les hommes, arbitre les conflits et fixe des règles que même les chefs doivent respecter.
L'initiation se déroule dans un camp isolé en forêt, interdit aux femmes et aux non-initiés, souvent appelé « école de brousse ». Les garçons y reçoivent des scarifications qui les marquent comme membres, apprennent des chants, des savoir-faire, les règles de conduite et une partie des connaissances secrètes de la société. Selon le récit que l'on fait aux non-initiés, les garçons sont avalés par le grand esprit du Poro puis rendus à la vie, transformés. Cet esprit, que les Mende appellent Gbeni, se manifeste sous la forme d'un personnage masqué dont la voix est transformée par un instrument dissimulé ; les marques laissées sur le corps des initiés passent pour les traces de ses dents. Le savoir est gradué : les membres ordinaires n'en connaissent qu'une partie, et les grades supérieurs sont réservés aux anciens et aux lignées qui dirigent la société.
L'anthropologue Kenneth Little a montré, dans une étude de 1965, que le Poro exerçait une autorité politique et judiciaire parallèle à celle des chefs : il pouvait interdire la récolte d'un produit, régler des différends entre villages, sanctionner les infractions graves et coordonner l'action collective. Les administrateurs britanniques, qui le soupçonnèrent d'avoir organisé la résistance lors du soulèvement de 1898 contre la taxe sur les huttes, cherchèrent à le contrôler plutôt qu'à le supprimer. Au Liberia, l'État l'a de même intégré à sa politique envers l'intérieur du pays, et plusieurs présidents ont cherché à obtenir la caution de ses dirigeants. Beryl Bellman, qui a étudié le Poro chez les Kpelle, insiste sur le fait que son secret tient moins à des contenus cachés qu'à une manière codée de parler et de se taire, qui distingue ceux qui savent.
Pendant les guerres civiles du Liberia et de la Sierra Leone, à la fin du XXe siècle, les réseaux, le vocabulaire et les symboles de ces sociétés ont été réinvestis par des chefs de guerre et des milices, comme l'a analysé Stephen Ellis. Cela rappelle que le Poro n'est pas une survivance figée mais une institution vivante, prise dans l'histoire politique de ces pays. Il forme avec la Sande, son pendant féminin, un système où chaque sexe détient ses propres secrets et ses propres formes d'autorité.
Attributs
- masques et costumes rituels spécifiques
- camp de brousse (bush school)
Généalogie
- Entités liées
- Sande
Culte contemporain
Continue de jouer un rôle social et parfois politique en Sierra Leone et au Liberia contemporains, bien que son influence sur la vie politique nationale ait fluctué au fil des régimes.
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Sources
- Little, K. (1965). The Political Function of the Poro
- Bellman, B.L. (1984). The Language of Secrecy: Symbols and Metaphors in Poro Ritual
- Ellis, S. (1999). The Mask of Anarchy: The Destruction of Liberia and the Religious Dimension of an African Civil War