Winti
RiteSurinamiens
Religion afro-surinamaise combinant des éléments ouest-africains et centre-africains, structurée autour de familles d'esprits (winti) invoqués par possession rituelle, chant et danse, pour la guérison et la résolution de conflits.
- possession
- guérison
- esprits ancestraux
En détail
Le winti est la religion afro-surinamaise née dans les plantations de la colonie néerlandaise du Suriname, à partir des traditions religieuses de captifs akan, fon et kongo. Son nom vient du mot sranan pour « vent », emprunté à l'anglais wind, qui désigne aussi les esprits eux-mêmes : comme le vent, un winti est invisible mais agit, et peut s'emparer d'une personne. Il reste pratiqué au Suriname et dans l'importante communauté surinamaise des Pays-Bas.
La religion s'organise autour de trois pôles : un dieu créateur lointain, Anana Kedyaman Kedyanpon ; les winti, esprits capables de posséder les vivants ; et les ancêtres. La plupart des descriptions répartissent les winti en quatre ensembles liés à des domaines de la nature : la terre (gron winti), où figurent Aisa, déesse de la terre souvent présentée comme la plus importante, Loko et Leba ; l'eau (watra winti), autour de Watramama ; la forêt (busi winti), domaine des apuku ou ampuku ; et le ciel (tapu winti). Certains groupes marrons y ajoutent un cinquième domaine, celui des morts. Les listes varient d'un auteur et d'une communauté à l'autre, et un même esprit comme Kromanti peut apparaître dans plusieurs domaines. La personne humaine est elle-même composée : la kra, âme venue du créateur, le dyodyo, couple de parents surnaturels qui la protège, et la yorka, qui devient après la mort l'esprit du défunt.
Dans la pratique, on consulte des spécialistes : le lukuman pour la divination, le bonuman pour les soins et la protection, tandis que le wisiman est redouté pour son usage malveillant des forces invisibles (wisi). Lors des danses rituelles, bains de plantes, chants et tambours apinti appellent les esprits jusqu'à la transe. Au 18e siècle, Kwasi (Quassi), né en Afrique, lukuman et bonuman réputé pour sa connaissance des plantes, obtint sa liberté et servit d'intermédiaire entre les autorités coloniales, les esclaves et les Marrons.
Les noms d'Aisa, de Loko et de Leba renvoient aux divinités fon Ayizan, Loko et Legba, ce qui relie le winti au vodou haïtien et à la figure de Papa Legba, tandis que Watramama rejoint la famille aquatique de Mami Wata. Une loi coloniale de 1874 contre l'« idolâtrie » a servi à poursuivre le winti jusqu'à son abrogation en 1971, près d'un siècle d'interdiction qui explique la discrétion longtemps entretenue autour du culte. Les travaux de Charles Wooding, qui insistent sur les racines africaines, et ceux de Henri Stephen, qui en montrent la présence dans plusieurs communautés du Suriname, restent des références pour qui veut dépasser les images héritées de la répression.
Attributs
- tambours apinti
- offrandes rituelles
Culte contemporain
Officiellement reconnue et pratiquée ouvertement au Suriname depuis la fin du 20e siècle, après une longue période de répression coloniale néerlandaise.
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Sources
- Wooding, C.J. (1981). Evolving Culture: A Cross-Cultural Study of Suriname, West Africa and the Caribbean