Le Nyim (royauté sacrée kuba)
RiteKuba
Institution de royauté sacrée kuba selon laquelle le souverain (nyim) est considéré comme un intermédiaire quasi-divin, soumis à un ensemble strict de tabous et de rituels de cour destinés à préserver la prospérité et l'ordre cosmique du royaume.
- royauté sacrée
- tabous royaux
- ordre cosmique
En détail
Le nyim est le roi des Kuba, confédération de peuples du Kasaï, dans le centre-sud de la République démocratique du Congo. Il est toujours issu des Bushoong, le groupe dominant, et réside dans la capitale, Nsheng. L'historien Jan Vansina, principal spécialiste du royaume, le qualifiait de « roi divin » et jugeait que le lien entre royauté et sacré marquait tous les aspects de la vie politique kuba. L'institution est l'un des cas classiques de royauté sacrée en Afrique centrale.
Le royaume se forme au début du XVIIe siècle, lorsque les Bushoong soumettent plusieurs groupes voisins. La tradition attribue cette unification à Shyaam a-Mbul a-Ngoong, souverain venu d'ailleurs et héros civilisateur à qui l'on prête de nombreuses innovations ; chaque roi était censé descendre de lui par la lignée maternelle. Shyaam aurait introduit l'idée que le roi est lié à un esprit de la nature, un ngesh. De là découle l'essentiel de son rôle : il a prise sur la fertilité de la terre et peut accorder ou retenir la pluie. Qu'il tombe malade, et l'on craignait que les récoltes ne lèvent pas.
Cette puissance appelait des précautions. D'après Vansina, cité par l'anthropologue Henri Claessen, le roi ne devait pas quitter sa résidence à la nouvelle lune, astre avec lequel il partageait les mêmes pouvoirs. Il ne devait pas marcher loin, s'asseoir sur le sol, traverser un champ, ni voir de blessés, de morts ou de tombes : son contact avec la terre risquait de la « brûler ». Ses cheveux et ses rognures d'ongles étaient conservés avec soin, car ils portaient une part de sa force. Lors de son intronisation, il renonçait aux liens de sang qui l'attachaient à son clan, à son père et à sa mère, pour n'appartenir à aucun groupe particulier. La figure royale restait ambivalente : associé au léopard, emblème de la royauté comme des pouvoirs occultes, le nyim pouvait aussi se montrer redoutable envers ses sujets.
Cette centralité rituelle se lit dans les arts de cour, en particulier les ndop, statues royales censées représenter et porter l'essence de chaque nyim. Elle s'inscrit dans un univers religieux où le mythe de Bumba, le créateur qui vomit le monde (voir sa fiche), occupe une place importante. Une partie de ce qu'on sait des interdits royaux provient des enquêtes de Vansina au milieu du XXe siècle, alors que la cour vivait sous administration coloniale. Certaines règles relèvent sans doute de la norme plus que de la pratique : la tradition voulait qu'un roi affaibli soit mis à mort, mais Vansina doutait que cela se soit jamais produit.
Généalogie
- Entités liées
- Bumba, Woot, Shamba Bolongongo
Notes
La richesse des arts de cour kuba (textiles raphia, sculpture, ndop royaux) documentée par les collections muséales occidentales depuis le début du 20e siècle est directement liée à cette centralité rituelle de la figure du nyim.
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Sources
- Vansina, J. (1978). The Children of Woot: A History of the Kuba Peoples
- Binkley, D.A. & Darish, P. (2009). Kuba
- Claessen, H.J.M. (2015). Sacred Kingship: The African Case