Kumina

Rite

Jamaïcains

Religion de possession ancestrale jamaïcaine d'origine kongo, introduite par des travailleurs sous contrat venus d'Afrique centrale après l'abolition de l'esclavage au 19e siècle, centrée sur la communication avec les esprits des ancêtres par la danse et le tambour.

  • possession
  • ancestralité
  • guérison

En détail

Le kumina est une tradition religieuse afro-jamaïcaine tournée vers les ancêtres, dont la matrice est kongo. Il ne remonte pas à la traite elle-même : il a été apporté par des Africains d'Afrique centrale venus en Jamaïque comme travailleurs sous contrat, entre le milieu des années 1840 et les années 1860, après l'émancipation de 1838. Implanté surtout dans la paroisse de Saint Thomas, à l'est de l'île, puis à Portland, Saint Mary, Saint Catherine et Kingston, il compte parmi les héritages kongo les mieux conservés des Caraïbes anglophones.

Une cérémonie kumina repose sur le dialogue de deux tambours à une seule peau. Le kbandu (ou bandu), grave, tient une pulsation régulière ; le playing kyas, plus aigu, lui répond par des frappes rapides et serrées, tandis que des hochets (shakka), des baguettes de bambou (katta) et parfois une râpe complètent l'ensemble. Les chants, en créole jamaïcain ou dans une langue rituelle faite de mots et de formules kongo, appellent les esprits. Quand l'un d'eux s'empare d'un danseur, on dit qu'il « attrape le myal » : la possession est comprise comme le retour d'un ancêtre parmi les vivants. Les ethnographes des années 1950 distinguaient trois rangs d'esprits, dieux du ciel, esprits terrestres et « zombies » ancestraux, ces derniers étant de loin les plus fréquents.

On organise une cérémonie pour les grands moments de la vie (naissance, fiançailles, mariage), mais surtout autour de la mort : veillées, anniversaires de décès, pose de la tombe. D'autres marquent le passage de l'année ou l'anniversaire de l'émancipation, le 1er août. Chaque esprit se reconnaît au style de danse du possédé et aux chants et rythmes auxquels il répond, ce qui fait du tambour un véritable savoir religieux et pas un simple accompagnement.

Le kumina a débordé son cadre d'origine. Le percussionniste Count Ossie a mêlé les rythmes kumina entendus dans sa jeunesse à Saint Thomas au tambour burru pour façonner le jeu nyabinghi des rastafaris, et des reines du kumina comme Imogene « Queenie » Kennedy l'ont fait connaître jusqu'à Kingston. Le vocabulaire relie aussi ce culte à d'autres fiches du codex : le mot myal désigne ailleurs en Jamaïque une religion plus ancienne, et le terme « zombie » employé pour les ancêtres est souvent rapproché du nom kongo de Dieu, dont Nzambi a Mpungu est la forme la plus connue.

Attributs

  • tambours kbandu et playing cast
  • danse rituelle

Culte contemporain

Pratiquée surtout dans la paroisse de Saint Thomas en Jamaïque, a fortement influencé la musique et la culture rastafari ultérieures, notamment via le nyabinghi jamaïcain qui en emprunte certains éléments rythmiques.

Notes

Le kumina jamaïcain, issu de migrations post-esclavagistes du 19e siècle plutôt que de la traite négrière elle-même, illustre que les apports africains aux Amériques ne se limitent pas à la période de l'esclavage.

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Sources

  • Bilby, K.M. & Bunseki, F.K. (1983). Kumina: A Kongo-based Tradition in the New World
  • Schuler, M. (1980). Alas, Alas, Kongo: A Social History of Indentured African Immigration into Jamaica

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