Oxalá
DivinitéAussi connu·e sous : Oxalufã (Oxalá âgé), Oxaguiã (Oxalá jeune), Orixalá, Obatalá
Brésiliens (candomblé, umbanda)
Orixá afro-brésilien de la création, forme brésilienne de l'Ọbàtálá des Yoruba, considéré comme le plus grand des orixás et associé au blanc. Il se présente sous deux aspects, Oxalufã le vieillard et Oxaguiã le jeune guerrier. À Salvador, il est identifié au Senhor do Bonfim, et la Lavagem do Bonfim, lavage des marches de l'église par les baianas, est tenue pour un hommage à Oxalá autant qu'au Christ.
- création
- paix
- pureté
- vieillesse et sagesse
En détail
Oxalá est au Brésil l'orixá de la création du monde et des êtres humains, héritier d'Ọbàtálá, le dieu yoruba qui façonna les corps. Le dossier de l'IPHAN sur la fête du Bonfim le présente comme le « père majeur » des nations afro-brésiliennes, calme et pacificateur, respecté de tous les autres orixás. On le sert sous deux formes : Oxalufã, vieillard courbé qui s'appuie sur l'opaxorô, un grand bâton de métal, et dont la couleur est le blanc pur ; Oxaguiã, jeune guerrier armé d'une épée, d'un bouclier et d'un pilon, dont le blanc est légèrement mêlé de bleu. Le vendredi leur est consacré, et on les salue par le cri « Epa Babá ! ». Ses fidèles s'habillent de blanc, et l'huile de palme, présente dans les offrandes de nombreux orixás, lui est interdite, au point qu'on place son autel à l'écart de ceux qui en consomment.
Un récit très répandu dans les terreiros de nation ketu raconte le voyage d'Oxalufã vers Oyó, où il voulait rendre visite à Xangô. Malgré l'avertissement de l'oracle, il se met en route ; Exu le souille à plusieurs reprises, notamment d'huile de palme, puis le vieillard, accusé de vol, est jeté en prison sans être reconnu. Pendant les sept années de sa captivité, le royaume de Xangô est frappé par la sécheresse et la maladie. Lorsque Xangô découvre enfin l'identité du prisonnier, il le fait libérer, laver à l'eau pure et vêtir de blanc. Les Águas de Oxalá, qui ouvrent le calendrier liturgique de nombreuses maisons de Bahia, rejouent cet épisode : avant l'aube, les fidèles vêtus de blanc vont en silence puiser de l'eau pour laver les objets sacrés de l'orixá. José Beniste a consacré un ouvrage entier à ce cycle rituel.
À Salvador, Oxalá est inséparable du Senhor do Bonfim, le Christ crucifié dont l'image est vénérée depuis 1745 sur la colline de Monte Serrat. Dès le début du XIXe siècle, le jeudi qui précède le deuxième dimanche après l'Épiphanie s'est imposé comme le jour du lavage de l'église, un acte que le dossier de l'IPHAN rattache au culte d'Oxalá. Le cortège part aujourd'hui de l'église de la Conceição da Praia et parcourt environ huit kilomètres ; les baianas, en tenue blanche, portent des jarres d'água de cheiro, une eau parfumée de fleurs et de plantes, avec laquelle elles lavent les marches et le parvis et aspergent la tête des fidèles. Le chroniqueur João da Silva Campos résumait dans les années 1940 : « Oxalá, ici à Bahia, c'est le Senhor do Bonfim ». L'Église a longtemps combattu ce lavage : en décembre 1889, l'archevêque Antônio Luís dos Santos interdit par portaria le lavage des églises en jour de fête et fit fermer celle du Bonfim le jeudi. Les femmes cessèrent de laver l'intérieur, mais continuèrent de laver le parvis et l'escalier, ce qu'elles font encore. La fête du Senhor Bom Jesus do Bonfim a été inscrite en 2013 au patrimoine culturel immatériel du Brésil.
Dans l'umbanda, Oxalá est identifié à Jésus, et Reginaldo Prandi le décrit comme le plus grand des orixás, divinité de la création, dans l'ensemble des religions afro-brésiliennes. Cette assimilation au Christ, qui passe à Salvador par la figure du Bonfim, est l'un des exemples les plus visibles de la manière dont les fidèles du candomblé vivent, selon le mot rapporté par l'anthropologue Ruth Landes, une seule religion exprimée en deux langues.
Attributs
- blanc
- opaxorô (bâton de métal d'Oxalufã)
- épée, bouclier et pilon d'Oxaguiã
- vendredi
- interdit de l'huile de palme
- Senhor do Bonfim
Généalogie
Culte contemporain
Honoré dans les terreiros de candomblé et les centres d'umbanda de tout le Brésil. À Salvador, les Águas de Oxalá sont célébrées chaque année par les grandes maisons de nation ketu, et la Lavagem do Bonfim, en janvier, rassemble chaque année une foule immense ; la fête du Bonfim est inscrite depuis 2013 au Livre des célébrations de l'IPHAN.
Notes
L'année du dossier de l'IPHAN n'y figure pas explicitement : elle est déduite des crédits ministériels et des photographies (2010), l'inscription datant du 5 juin 2013. Le récit du voyage d'Oxalufã, souvent attribué aux Lendas africanas dos orixás de Pierre Verger, n'est attesté que par des sites de pratiquants et par la presse bahianaise ; ses détails (nombre de rencontres avec Exu, nature des souillures, durée de la réclusion rituelle) varient selon les versions. La date des Águas de Oxalá varie selon les maisons (fin septembre à l'Opô Afonjá d'après la presse locale), de même que leur durée. L'identification d'Oxalá à Jésus est générale dans l'umbanda mais discutée par certains pratiquants qui refusent de confondre les deux figures. Ruth Landes attribue la formule sur les « deux langues » à son informateur Édison Carneiro.
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Sources
- Couto, E., Reis, F. & Moura, M. (2010). Festa do Bonfim: a maior manifestação religiosa popular da Bahia (dossier de registre, IPHAN)
- Beniste, J. (2002). As águas de Oxalá: Àwọn omi Ọṣàlá
- Santos, R.C. (2023). A circulação de axé através do movimento da comida: uma etnografia em um terreiro de candomblé da Bahia. [Syn]thesis, 16(1)
- Prandi, R. (1996). Pombagira e as faces inconfessas do Brasil. In Herdeiras do axé
