Oxum
DivinitéAussi connu·e sous : Oxun, Oṣun, Aziri (équivalent en candomblé jeje), Dandalunda, Kissimbe (équivalents en candomblé angola et congo)
Brésiliens (candomblé, umbanda)
Orixá afro-brésilienne des eaux douces, de la fécondité, de l'amour et de l'or, forme brésilienne de l'Ọ̀ṣun des Yoruba. Elle protège la grossesse et les jeunes enfants et porte l'abebé, éventail de laiton orné d'un miroir. Présente dans toutes les nations du candomblé comme dans l'umbanda, elle est rapprochée de plusieurs figures de la Vierge Marie selon les régions du Brésil.
- eaux douces
- fécondité et grossesse
- amour
- or et richesse
- protection des enfants
En détail
Oxum est le nom que porte au Brésil Ọ̀ṣun, la divinité du fleuve Osun, dont le culte vient de la région ijexá, autour d'Osogbo et d'Ilesa, dans le sud-ouest de l'actuel Nigeria. Juana Elbein dos Santos, dans son étude des maisons nagô de Bahia, la décrit comme la plus éminente des mères, patronne de la grossesse, qui veille sur le fœtus puis sur l'enfant jusqu'à ce qu'il acquière la parole ; c'est à ce titre qu'on la salue du nom de Yèyé, « mère ». Au Brésil, elle ne se rattache plus à un fleuve particulier : elle règne sur toutes les eaux douces, rivières, sources et cascades. Les terreiros de nation ketu lui rendent un culte de premier plan, et les maisons jeje et angola lui font correspondre leurs propres divinités, Aziri pour les premières, Dandalunda ou Kissimbe pour les secondes.
Son objet emblématique est l'abebé, un éventail de laiton doré au centre duquel est serti un miroir. On y voit volontiers l'attribut d'une coquette qui s'admire, mais les récits en font aussi une arme : Oxum aveugle ses ennemis en leur renvoyant la lumière. Les mythes réunis par Reginaldo Prandi la montrent d'ailleurs rusée plus que fragile. Dans l'un des plus connus, elle et Obá se disputent l'amour de Xangô, leur époux commun. Oxum, la tête enveloppée d'un foulard, fait croire à sa rivale qu'elle a cuisiné ses propres oreilles pour plaire au roi ; Obá se coupe une oreille et la sert à Xangô, qui la chasse avec dégoût. Poursuivies par la colère de leur mari, les deux femmes deviennent des rivières, et l'on dit que là où se rejoignent l'Oxum et l'Obá, les eaux se battent pour le même lit. D'autres récits lui font conquérir, par la séduction ou par la ruse, le secret des feuilles auprès d'Ossaim et celui de la divination par les cauris.
Dans l'umbanda, née à Rio de Janeiro au XXe siècle, Oxum figure parmi les orixás qui président aux lignes d'esprits. L'anthropologue Lindsay Hale, qui a travaillé dans les centres de Rio, souligne que sa sensualité y est vécue comme une force qui accueille et soutient ses enfants, hétérosexuels comme homosexuels. Le catholicisme populaire l'a rapprochée de la Vierge sous des vocables différents selon les régions, Nossa Senhora da Conceição, Nossa Senhora das Candeias à Bahia, Nossa Senhora Aparecida dans le Sud-Est. Sa popularité à Salvador tient aussi à des figures humaines : Mãe Menininha do Gantois (1894-1986), l'une des mères de saint les plus célèbres du pays, était une fille d'Oxum, et un chapitre du recueil dirigé par Joseph Murphy et Mei-Mei Sanford lui est consacré. Ce même ouvrage suit Ọ̀ṣun du Nigeria à Cuba et au Brésil, et montre combien la divinité change de visage selon les rives où on la sert.
Attributs
- abebé (éventail de laiton à miroir)
- or et laiton
- jaune et doré
- rivières, sources et cascades
- bijoux
Généalogie
- Conjoint·es
- Xangô
- Entités liées
- Ọ̀ṣun, Iansã, Exu, Candomblé, Umbanda, Festival d'Ọ̀ṣun à Osogbo, Santería (Regla de Ocha)
Culte contemporain
Honorée dans les terreiros de candomblé de toutes les nations et dans les centres d'umbanda du Brésil. Les offrandes aux cascades et aux rivières font partie de la pratique courante de ses fidèles.
Notes
Les rapprochements avec la Vierge varient selon les régions et les maisons ; la répartition régionale donnée ici (Candeias à Bahia, Aparecida dans le Sud-Est, Carmo dans une partie du Nordeste) repose surtout sur des sources non académiques et sur Wikipédia. Les correspondances avec Aziri, Dandalunda et Kissimbe sont rapportées par une monographie universitaire de premier cycle (Reis, UFRJ, 2018) qui cite L.F. de Lima. La salutation « Ora yê yê ô » et la consécration du samedi, très répandues, ne sont attestées que par des sites de pratiquants. Le récit d'Obá et des oreilles suit l'édition de Prandi reproduite dans cette monographie ; Oxum y apparaît aussi, selon les versions, comme épouse d'Oxóssi et mère de Logunedé.
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Sources
- Santos, J.E. dos (1976). Os Nàgô e a morte: Pàde, Àsèsè e o culto Égun na Bahia
- Prandi, R. (2001). Mitologia dos orixás
- Murphy, J.M. & Sanford, M.M. (dir.) (2001). Osun across the Waters: A Yoruba Goddess in Africa and the Americas
- Hale, L. (2001). Mama Oxum: Reflections of Gender and Sexuality in Brazilian Umbanda. In Murphy, J.M. & Sanford, M.M. (dir.), Osun across the Waters
