Mwari
DivinitéAussi connu·e sous : Mwali
Shona
Divinité suprême shona (Zimbabwe), source de la pluie, de la fertilité et de l'ordre moral, consultée traditionnellement via un oracle vivant au sanctuaire de Njelele dans les collines de Matobo.
- pluie
- fertilité
- ordre moral
- oracle
En détail
Mwari (ou Mwali en kalanga) est l'être suprême des Shona du Zimbabwe, et son culte s'étend aussi aux Kalanga, aux Venda et, depuis le 19e siècle, à une partie des Ndebele. Dieu de la pluie et de la fertilité, garant de l'ordre moral du pays, il présente une particularité rare en Afrique australe : on ne se contente pas de l'invoquer de loin, on va le consulter dans des sanctuaires où, selon les fidèles, il répond de vive voix. Ce culte a donc une géographie précise, les collines granitiques de Matobo au sud de Bulawayo, et une histoire politique chargée.
Njelele, aussi appelé Matonjeni ou, en shona, Mabweadziva (« le lieu des sources »), est le plus célèbre de ces sanctuaires, mais il en existe d'autres dans les mêmes collines, comme Dula ou Wirirani. Chaque année, avant la saison des pluies, des délégations venues de tout le pays y apportent des offrandes et de la bière, portée traditionnellement par des fillettes ou des femmes âgées. Le gardien frappe dans ses mains, récite les louanges et présente les demandes ; une voix, que les fidèles attribuent à Mwari, répond depuis les rochers. On vient y chercher la pluie, mais aussi la guérison des hommes et du bétail ou le pardon de fautes collectives. Le fonctionnement de l'oracle est tenu secret, et selon la tradition locale, la voix se serait tue dans les années 1970 à la suite de profanations. Les prêtres étaient au 19e siècle choisis dans des familles venda et kalanga, et les traditions orales font remonter le culte soit aux migrations des Mbire, soit à une scission au sein de Grand Zimbabwe.
Le rôle de Mwari dans le grand soulèvement de 1896-1897, la première Chimurenga, a nourri un débat historiographique célèbre. Dans Revolt in Southern Rhodesia (1967), Terence Ranger faisait des prêtres de Mwari les coordinateurs de la révolte ndebele et shona contre la British South Africa Company. En 1977, Julian Cobbing lui opposa que ces prêtres, d'origine venda, étaient restés largement en retrait et que les Ndebele avaient suivi leurs propres chefs ; Ranger a lui-même révisé en partie son interprétation dans ses travaux ultérieurs. Les deux positions s'accordent au moins sur un point : les sources coloniales, obsédées par les « prêtres » et les « sorciers », sont un mauvais guide.
Le sanctuaire n'a jamais cessé d'être un enjeu. Des combattants et des dirigeants nationalistes, dont Joshua Nkomo, y sont venus pendant la guerre de libération, et la succession des gardiens a donné lieu à de longues querelles au début des années 2000. Les communautés locales ont aussi résisté aux tentatives de classement de Njelele comme monument national, par crainte d'en perdre l'accès, alors que les collines de Matobo sont inscrites au patrimoine mondial de l'UNESCO. Dans Voices from the Rocks, Ranger montre comment ce paysage sacré a été disputé tour à tour par l'État colonial, les nationalistes et les desservants du culte.
Attributs
- sanctuaire-oracle de Njelele (collines de Matobo)
Généalogie
- Entités liées
- Lac Fundudzi, Bira, Lobengula
Culte contemporain
Le sanctuaire de Njelele demeure un site de pèlerinage actif au Zimbabwe contemporain, consulté notamment lors de sécheresses.
Tags
Sources
- Daneel, M.L. (1970). The God of the Matopo Hills
- Ranger, T.O. (1999). Voices from the Rocks: Nature, Culture and History in the Matopos Hills of Zimbabwe
- Ranger, T.O. (1967). Revolt in Southern Rhodesia 1896-7
- Cobbing, J. (1977). The Absent Priesthood: Another Look at the Rhodesian Risings of 1896-1897