Shango Baptist (Orisha de Trinidad)
RiteTrinidadiens
Religion afro-trinidadienne combinant le panthéon orisha yoruba, des éléments du christianisme baptiste et des pratiques spirites, développée dans les Caraïbes anglophones parallèlement à la santería cubaine et au candomblé brésilien mais selon une trajectoire syncrétique distincte.
- possession orisha
- guérison
- syncrétisme religieux
En détail
À Trinidad, le nom de Shango désigne couramment la religion orisha, héritée des traditions yoruba apportées par les Africains amenés dans l'île aux 18e et 19e siècles. L'expression « Shango Baptist » s'applique, elle, aux fidèles qui fréquentent à la fois les orisha et l'Église baptiste spirituelle, celle des Shouter Baptists. Il s'agit donc de deux religions distinctes, mais si proches dans la pratique que beaucoup de Trinidadiens passent de l'une à l'autre, ce qui explique le double nom de cette fiche.
La cérémonie majeure est la feast, une fête de sacrifice et d'action de grâce qui dure de deux à quatre jours et peut réunir une centaine de personnes. Tambours et chants se prolongent toute la nuit, les orisha descendent sur leurs fidèles par la possession, des animaux leur sont offerts, et un repas commun est partagé à l'aube. Au-dessus de ces puissances, les croyants reconnaissent un dieu suprême, Olodumare. Pour survivre sous la domination coloniale, les orisha ont été associés à des saints catholiques : Ogun à saint Michel, Oshun à sainte Philomène, Oya à sainte Catherine, Osain, maître des plantes médicinales, à saint François. L'anthropologue James Houk y voit un « complexe religieux afro-américain » où chaque fidèle combine à sa manière des éléments africains, catholiques, baptistes, hindous et même kabbalistes.
Les deux traditions partagent aussi une histoire de répression. La Shouters Prohibition Ordinance, adoptée le 16 novembre 1917, interdit les activités des baptistes spirituels, officiellement parce que leurs chants et leurs cloches troublaient l'ordre public ; elle n'est abrogée que le 30 mars 1951, date devenue en 1996 un jour férié, le Spiritual Baptist/Shouter Liberation Day. La reconnaissance de la religion orisha suit un chemin parallèle : une loi d'incorporation du mouvement orisha est votée en 1981, puis l'Orisa Marriage Act de 1999 permet aux prêtres enregistrés de célébrer des mariages ayant valeur légale.
Frances Henry montre que cette légitimation doit beaucoup au mouvement Black Power des années 1970, qui a attiré vers les orisha des artistes et des intellectuels en quête d'une identité africaine, et nourri chez certains groupes une volonté d'« africaniser » le culte en l'éloignant de ses emprunts chrétiens, quand d'autres restent attachés à l'héritage catholique. Les orisha servis à Trinidad, de Shango à Ogun et Eshu, sont ceux du panthéon yoruba décrit ailleurs dans ce codex, ce qui fait de Trinidad un troisième grand foyer américain de ce panthéon aux côtés de Cuba et du Brésil.
Généalogie
Culte contemporain
Officiellement reconnue par l'État trinidadien depuis 1999 sous le nom d'Orisha, après des décennies de marginalisation légale et sociale héritées de la période coloniale britannique.
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Sources
- Houk, J.T. (1995). Spirits, Blood, and Drums: The Orisha Religion in Trinidad
- Henry, F. (2003). Reclaiming African Religions in Trinidad